Luc 23, 33-34 :


" Lorsqu'ils furent arrivés
au lieu appelé 'Crâne',
ils l'y crucifièrent
ainsi que les malfaiteurs,
l'un à droite
et l'autre à gauche.

Et Jésus disait :
" Père pardonne-leur ;
ils ne savent pas
ce qu'ils font. "

Puis, se partageant ses vêtements, ils tirèrent au sort. "

 

 

 

 


Célébration de la Passion : homélie




Chemin de Croix :suivre Jésus




Sept dernières paroles du Christ en Croix : méditation priante

 

 

Quel est le cœur du Vendredi-Saint ?
C'est la signification de la Croix. (...)

A travers l'ensemble des célébrations, nous proclamons la victoire du Christ
alors qu'il apparaît véritablement dans son anéantissement suprême.

Pourtant, nous proclamons et nous chantons la royauté du Christ.


L'Église offre aux fidèles ces célébrations pour que nous nous souvenions de ce qui est à l'origine de son existence. Oui, l'Église se remémore sa propre naissance. Elle est née à la croix lorsque le Christ dit à Marie : " Femme, voici ton Fils ". C'est un des moment les plus solennels du souvenir de Dieu : le souvenir de la croix doit devenir, en quelque sorte, permanent en nous.
D'ailleurs si nous récitons notre rosaire, nous savons que, ce faisant, nous méditons la vie du Christ et spécialement la croix du Christ.


L'important est de découvrir que la puissance de l'amour de Dieu se manifeste à travers la faiblesse et que Dieu passe à travers notre faiblesse. Nous méditons sur un amour qui se livre librement, qui n'est pas obligé. Le Seigneur donne sa vie parce qu'il le veut. C'est un don total qui demande de nous un don en pure perte de nous.
Il faut s'abandonner jusqu'au bout.
C'est ce que l'Église médite aujourd'hui, c'est ce qu'elle nous demande.


Ceci ne peut se faire que dans la prière et le jeûne.

Je souligne le jeûne non pas comme une invitation à des exploits spirituels (cf les Pères du désert). Je le souligne parce qu'il est inséparable de la prière.
Le jeûne est une façon de se priver (manger sobrement mais pieusement), de se priver pour être plus près de Dieu.
Il faut nous donner nous-mêmes pour pouvoir entrer dans la prière.
Prendre la prière en elle-même comme si elle était, si je puis dire, le tout de la vie, est une vue fausse.
Il faut que ce soit toute notre vie qui devienne prière, c'est en vérité tout l'inverse. Notre vie doit être transformée en prière comme la vie du Christ l'a été à travers les événements les plus humbles.


Saint Jean voit la croix dans une perspective de Gloire ;
pourtant c'est lui qui est le plus sensible aux souffrances du Christ, à son agonie, à son abaissement. Quand on parle de la Gloire, il ne faut pas voir le Christ comme s'il ne souffrait pas, c'est une erreur. C'est une souffrance illuminée par l'amour le plus grand qui soit, c'est-à-dire celui de son Père. Le Christ dévoile l'amour de son Père, il dévoile la vérité de son Père. En saint Jean, le mot " vérité " veut dire " amour ". La vérité, c'est l'amour. Faisons la vérité et nous viendrons à l'amour. Faire la vérité dans sa vie est le thème de saint Jean. C'est le thème de la vie de l'Église qui sait que tout son être se joue dans ce mystère de salut.


Voilà ce qui se passe le Vendredi Saint pour l'Église Marc nous dit : " Tant qu'ils ont l'époux avec eux, ses compagnons ne peuvent pas jeûner. Mais viendront des jours où l'époux leur sera enlevé ; et alors ils jeûneront." ( Mc 2, 19-20). Le Christ retourne auprès de son Père, nous ne restons pas orphelins ; cependant il y a une certaine absence et nous sommes dans cette absence. Cela suppose un certaine jeûne au sens spirituel du mot, c'est-à-dire une certaine perte de nous-mêmes jusqu'à ce que nous soyons pris dans le mystère de Dieu.


Et l'Église attend. Le thème de l'attente est capital pour comprendre la résurrection. l'Église attend car même lorsqu'au matin de Pâques le Christ ressuscitera, nous aurons de nouveau à l'attendre.
Il est venu mais il viendra, il est venu mais tout n'est pas encore donné.

Nous sommes baptisés, c'est vrai, mais nous avons à être baptisés dans la mort du Christ à chaque instant de nos vies. Nous sommes déjà pris dans la mort du Christ et pourtant nous avons à nous plonger dedans toujours davantage. Cela peut paraître paradoxal : nous sommes ressuscités avec le Christ et nous avons à ressusciter chaque jour.

La vie du chrétien est un paradoxe inouï, elle n'est pas une vie fermée sur elle-même. Notre vie doit s'ouvrir puisque nous devons être dans l'attente du retour du Seigneur. Même lorsqu'il vient à nous dans l'Eucharistie, c'est sous le voile de la foi ; nous avons à l'attendre jusqu'au bout, jusqu'à ce qu'il vienne dans la gloire.

La gloire, l'amour sont vraiment le cœur de l'Évangile de Jean. Lorsque le Christ dit : "Père je t'ai glorifié sur la terre, en menant à bonne fin l'œuvre que tu m'as donnée de faire. Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi de la Gloire que j'avais auprès de toi, avant que fût le monde. J'ai manifesté ton Nom aux hommes "( Jn 17, 4-6). Le Christ nous dévoile qui est son Père.
Le Vendredi Saint est le jour du dévoilement de Jésus qui va jusqu'au dépouillement symbolisé par le dépouillement des autels.
L'Église n'a plus rien. Elle attend dans la patience et dans l'amour.


Royauté, gloire, descente aux enfers, abaissement jusqu'au bout sont les thèmes qui doivent revenir en nous. A nous de nous arrêter sur celui qui paraît le plus important, sur celui qui, à ce moment précis de notre vie, résonne davantage. Nous sommes créés par Dieu avec des affinités ; il faut suivre les affinités bonnes que Dieu nous donne. Il faut se laisser faire par le Seigneur. Nous sommes plus sensibles à tel aspect du mystère du Christ qu'à tel autre mais cela peut changer au cours de notre vie qui s'approfondit sans cesse.


Un dernier point semble important à souligner : le mystère de la croix est incompréhensible sans le mystère de la résurrection. S'il y a la Gloire, c'est parce que déjà la résurrection est à l'oeuvre dans le corps du Christ. La Gloire n'évacue pas la Croix. Il faut tenir les deux à la fois. Tenir sérieusement, c'est-à-dire croire que la résurrection est impensable sans la croix et que la croix est impensable sans la résurrection. Si le Christ n'était pas livré à la Gloire par son Père, il n'y aurait pas de triomphe. Il fallait que le Christ souffrît pour entrer dans la Gloire.

" Il fallait " signifie une nécessité divine, une nécessité de l'amour de Dieu. La croix est nécessaire pour nous faire entrer dans le mystère de Dieu car connaître la Gloire de Dieu est le but de toute vie humaine.


Extraits du livre du Père Marie-Joseph le Guillou :
"Entrons dans la Passion et la gloire du Christ" aux Éditions "Parole et Silence"

 

 

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