
"
Le jour où apparurent
la bonté de Dieu notre Sauveur
et son amour pour les hommes,
il ne s'est pas occupé des uvres de justice que nous avions
pu accomplir,
mais, poussé par sa seule miséricorde, il nous a sauvés
par le bain de la régénération et de la rénovation
en l'Esprit-Saint.
Et son Esprit, il l'a répandu
sur nous à profusion,
par Jésus-Christ notre Sauveur, afin que, justifiés par
la grâce du Christ, nous obtenions en espérance l'héritage
de la vie éternelle ".
Tite
3, 4-5
|
|
SEMAINE
SAINTE :
HEUREUX
LES INVITES AUX NOCES DE L'AGNEAU
Le petit livre "Entrons
dans la Passion et dans la gloire du Christ" du Père
Marie-Joseph le Guillou o.p. nous conduit dans les profondeurs du mystère
vécu pendant les jours saints de la Semaine Pascale :
allons-nous y prendre part ?
" Il en va du Royaume des Cieux comme d'un roi
qui
fit un festin de noces pour son fils ".
Matthieu 22,2
COMMENT
SE PREPARER A VIVRE LA SEMAINE SAINTE
Voici quelques points de réflexion à intérioriser
avant d'entrer dans la liturgie des jours saints que sont le Jeudi-Saint,
le Vendredi-Saint et la Vigile Pascale :
- Le mystère pascal est la traduction française de "
Sacramentum pascalae ", au sens où le mystère nous
engage en lui et fait de nous des transfigurés. Les célébrations
de la semaine sainte sont très éclairantes et nous aident
à comprendre, au sommet de l'année liturgique, toute la
réflexion de l'Eglise pendant le Carême. Ne séparons
pas la semaine sainte du Carême.
- Soyons disponibles à l'action de l'Esprit-Saint en nous. La
semaine sainte est une semaine de grâces et même de joie
car au coeur du vendredi saint, nous savons que la joie éclatera
au matin de Pâques. La plénitude du don du Seigneur nous
met dans un climat d'action de grâces car le mystère pascal
du Christ nous atteint, nous transforme et fait de nous des êtres
nouveaux. Voilà pourquoi la joie peut jaillir dans nos coeurs :
c'est une joie grave et sereine. Le Seigneur peut nous rendre disponibles
et faire de nous ce qui lui plaît.
- Centrons-nous sur le don de Dieu. Nous allons participer à
la mort et à la résurrection du Christ. Laissons-nous emporter
par ce mouvement même qui mène à la vie. Le visage
du Christ nous apparaîtra comme le visage même de Dieu. Notre
Dieu est, en vérité, le Dieu de la croix et de la résurrection.
La révélation de la Trinité s'est faite sur la croix.
La réalité la plus extraordinaire est que le Christ, Fils
de Dieu, se soit fait homme et qu'il soit mort sur une croix. Voilà
pourquoi, la Pâque, du jeudi saint au dimanche de Pâques est
si importante. Nous ne nous appartenons plus : notre vie est au Christ,
notre mort est au Christ. Tout lui appartient, nous pouvons donc tout
lui donner.
- Ces trois jours saints sont décisifs pour l'histoire de l'humanité.
L'action liturgique que nous allons suivre pas à pas est le don
total fait par Dieu à tous les hommes. Le seul souhait à
faire est celui de Saint Paul : "Entrez par votre plénitude
dans toute la plénitude de Dieu " (Eph 3, 18). C'est vraiment
la Pâque qui nous fait passer dans le mystère de Dieu et
nous y intègre.
- Si vous le pouvez, certains textes de l'Ecriture sont à lire
avant d'aborder les jours saints :
- La lettre aux Hébreux.
Elle sera commentée inlassablement, soit pour nous présenter
le Christ, soit pour nous appeler à persévérer
dans la foi. Le Seigneur nous a parlé une fois pour toutes et
il s'est offert pour nous une fois pour toutes.
- L'évangile de Saint Jean. Sa lecture qui se fait dans
la liturgie tout au long du Carême sera reprise le vendredi saint
avec une magnificence et une sobriété étonnantes.
- Les quatre chants du Serviteur se trouvent dans le prophète
Isaïe à partir du chapitre 42 jusqu'au chapitre 53. Ils
sont comme le résumé de tout l'ancien testament et ont
une place extraordinaire dans la vie de l'Eglise. Le Christ lui-même
se présente comme le Serviteur souffrant et l'Eglise le reconnaît
sous les traits de ce Serviteur. C'est le coeur de la Parole de Dieu
: toutes les prophéties trouvent ici leur accomplissement fondamental.
Ce texte nous parle du Christ : il est personnellement celui qui rassemble
les hommes et étant tous les hommes, ce qui se passe en lui doit
se passer dans ses membres. Ces textes nous donnent la plénitude
du sens que l'Eglise place au coeur de la liturgie, le vendredi saint,
car il nous dit tout le mystère du Christ : " Il offre sa
vie en expiation...il s'est livré lui même à la
mort...il portait le péché de la multitude " (cf..
Is 53, 10-12)
- Comment lire ces textes de l'Ecriture ? La Parole de Dieu doit
être relue, remâchée, reprise inlassablement. Il convient
de ruminer tous les textes et de les voir dans l'unité. Nous avons
à nous laisser prendre par cette parole qui nous est proposée
par l'Eglise et qui, à cause de cela, devient source de salut.
Le salut de Dieu se manifeste : nous devons écouter les paroles
du Serviteur souffrant comme les prophéties que le Seigneur reprend
à son propre sujet. Il en va de même pour les évangiles.
Ce que le Seigneur veut, c'est que nous y découvrions son exégèse
et son exégèse est celle qui prend tout l'ancien testament
et l'éclaire par la réalité de la résurrection.
" Ne fallait-il pas que le Christ souffrît pour entrer dans
sa Gloire ? " (Luc 24, 26). Nous sommes des ressuscités qui
écoutons le Réssuscité. Dans l'Eglise, la Parole
de Dieu est une parole vivante qui pénètre notre coeur,
nous met en question et nous invite à aller au plus profond de
nous-mêmes. Le Christ nous parle personnellement, nous avons à
tendre l'oreille, à l'écouter comme le Serviteur ; cette
parole nous concerne tous puisqu'il s'agit de la vie de l'Eglise et que
la vie de l'Eglise est nôtre.
- Les célébrations de la semaine sainte n'ont qu'un but,
celui de nous introduire davantage dans notre vocation d' enfants de Dieu
en participant à la croix et à la résurrection du
Christ. Se préparer à la semaine sainte, c'est préparer
son coeur à recevoir le mystère de Dieu. Si l'Eglise
prend trois jours pour méditer sur la Passion et la Gloire du Christ,
c'est parce que le coeur de sa vie est là. Tout est donné
dans ce mystère : le passé et l'avenir sont dans le présent
de Dieu. Il s'agit pour nous d'être sacramentellement contemporains
de la Passion du Christ. Nous sommes pris dans ce mystère dans
lequel le Christ entre librement. Notre attitude principale doit être
une écoute active parce que très consciente, très
lucide et très disponible.
- A travers tout le mystère célébré, Dieu
va se faire plus proche que jamais, pourtant à travers l' intériorité
de sa présence, le sens de sa transcendance nous sera donné.
Le visage de Dieu se dévoile comme un visage plein de pitié,
de compassion, d'ouverture à tous les hommes. Dieu se révèle
au matin de la résurrection comme celui qui a transformé
le monde à tout jamais, qui attend le don de notre liberté
pour une coopération fructueuse et qu'ainsi se manifeste sa Gloire.
- Comme le Christ est mort pour tous les hommes, nous avons à
vivre le mystère pascal pour tous les hommes. La liturgie est
un don de Dieu pour que nous nous donnions à lui. Nous recevons
les dons du Seigneur, le plus grand est celui de l'Eucharistie. Nous avons
à suivre le chemin du Christ, c'est-à-dire à entrer
dans son mouvement par lequel il rend grâces à son Père
et se livre tout entier à nous. Le visage de Dieu transparaît
dans ce mystère qui est vraiment la clé de toute l'Ecriture
qui s'accomplit. Pour accueillir ce mystère, il faut demander au
Saint-Esprit qu'il mette en nos coeurs le don de sagesse et le don d'intelligence.
Saint Paul le demande sans cesse pour ses propres disciples.
- Le don de sagesse nous permet de tout voir dans le mystère de
Dieu et de tout reprendre dans ce même mystère. Alors ne
nous laissons pas impressionner par les choses extérieures et en
conséquence, nous pouvons garder notre liberté intérieure
comme le Christ garde sa liberté en entrant dans sa Passion. Nous
avons à être dociles au Christ en le laissant nous mener
par les chemins qu'il veut, là où il veut, de la manière
qu'il veut.
- Remercions l'Eglise de nous avoir donné une telle liturgie qui
est un don de Dieu auquel il faut répondre de tout notre coeur,
de toute notre âme, de tout notre esprit, de toutes nos forces.
|