|
|
|
Par la figure
du Précurseur
comprendre "Celui qui vient"
Le Seigneur nous demande de nous appuyer sur la vérité de Dieu. Et l'Eglise
veut nous dire ce que Jean-Baptiste dit clairement : il n'est pas le Seigneur
: " Voici quel fut le
témoignage de Jean-Baptiste, quand les Juifs lui envoyèrent de Jérusalem
des prêtres et des lévites pour lui demander : " Qui es-tu ? ". Il le
reconnut ouvertement, il déclara : " Je ne suis pas le Messie ". Ils lui
demandèrent : " Qui es-tu donc ? Es-tu le prophète Elie ?". Il répondit
: " Non ". Alors, es-tu le grand prophète ? ". Il répondit : " Ce n'est
pas moi ".
On constate facilement la force de son non : il dit la vérité. Jean Baptiste
est une figure extraordinaire du début du christianisme. Il est chargé
d'annoncer la venue du Seigneur
et de l'Esprit-Saint.
" Moi, je baptise dans
l'eau. Mais au milieu de vous se tient celui que nous ne connaissez pas
: c'est lui qui vient après moi, et je ne suis même pas digne de défaire
la courroie de sa sandale ".
C'est là qu'éclate la grandeur de Jean-Baptiste. Il disparaît derrière
son Maître, celui qu'il annonce afin que la vraie présence du Christ se
manifeste. Il ne baptise pas comme le Christ baptisera dans l'Esprit-Saint
et le feu. L'Esprit-Saint est toute lumière et toute fidélité. Nous avons
à découvrir avec Jean-Baptiste la vérité de Dieu. Jean-Baptiste est le
témoin de la lumière mais il n'est pas la lumière. Jésus baptisera
d'une toute autre manière avec l'Esprit-Saint que le Père lui donne ,
avec l'amour même de Dieu.
L'expérience chrétienne de l'Esprit est une expérience
du vécu humain transfiguré par la lumière de Dieu
en Jésus-Christ. Une expérience d'illumination transformante.
Qu'est-ce que cela veut dire ? Revenons au texte de la deuxième
épître aux Corinthiens.
" Et nous tous qui, le visage découvert, réfléchissons
comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés
en cette même image, allant de gloire en gloire, comme de par le
Seigneur, qui est Esprit " (2 Co 3,18). Et quelques
versets suivants, il y a un texte similaire.
" En effet le Dieu qui a dit : " Que des ténèbres
resplendisse la lumière ", est Celui qui a resplendi dans
nos curs, pour faire briller la connaissance de la gloire de Dieu,
qui est sur la face du Christ "(2 Co 4, 6).
Le grand thème de l'aveugle-né vient aussitôt à
l'esprit et apparaît dans une cohérence parfaite (Jn 9).
Clément
de Rome est un bon interprète et il nous dit ceci : "
Par lui, Jésus-Christ, nous tendons nos regards vers les hauteurs
des cieux et par lui nous voyons dans un miroir le visage immaculé
plein de noblesse du Père ". Le Christ est
l'image du Dieu invisible et il est le miroir du Père. Nous contemplons
le Christ et nous devenons semblables à celui que nous contemplons.
Il n'y a pas de meilleure formule biblique pour traduire cette transformation
de l'être dans la mesure où nous regardons le Christ. (
nous le verrons à Noël !) Ces textes sur la transfiguration
de l'homme par la charité seront le plus commentés dans
la tradition.
Le chrétien est donc celui qui regarde dans le miroir du Christ
la gloire du Père et qui se laisse métamorphoser, transfigurer
dans la lumière de Dieu. Grâce à cette conformation,
la gloire de Dieu se manifeste sur le visage du chrétien comme
elle s'est manifestée en Moïse. C'est la même loi.
Nous sommes proches d'une image que nous retrouverons sans cesse qui est
une réalité, celle de la gloire c'est-à-dire d'un
rayonnement, d'une luminosité, d'une transfiguration de l'être
par une présence de la lumière divine. Tout cela est l'uvre
du Saint-Esprit.
Nous sommes en face d'une expérience, d'un vécu humain transfiguré
par la lumière de Dieu. Voilà le réel. Quand St Paul
dit " Le Dieu qui
a dit : " Que du sein de ténèbres resplendisse la lumière
" (2 Co 4,6), il fait spontanément allusion
à la Genèse. Il est curieux pour nous de trouver dans une
formule qui parle du mystère de la résurrection et de son
action en nous, une image de la Genèse. C'est très important.
Notre tentation, à nous modernes, est de penser la connaissance
comme une connaissance qui donne des renseignements. Il ne s'agit pas
de cela du tout. Il s'agit d'une connaissance transformante et la création
comme la révélation transforme. La communication est
également une communication de connaissance transformante.
C'est une force pour le salut de tout croyant. La Parole de Dieu crée
l'appel et crée la réponse à l'appel. Elle crée
la connaissance et elle crée l'être. Dans une telle perspective,
parole créatrice et parole révélatrice sont une seule
et même chose. C'est pourquoi la formule " que la lumière
soit " devient en quelque sorte une parole de révélation.
Si vous dissociez cela, il n'y a plus rien.
Voici un petit texte de Justin qui permettra de voir ce que représente
la lumière pour tous les Anciens : " Nul ne peut connaître
Dieu si son esprit n'a pas été mis en cosmos ", en
ordre. L'esprit de celui-ci n'a pas été cosmisé !
Qu'est-ce que cela veut dire ? Pour les Anciens, l'image de la création
n'est pas l'image de quelque chose qui naît de rien. Cela désigne
le tohu-bohu sur lequel la lumière fait de l'ordre. C'est cela
qui se passe dans la vie. Il y a un tohu-bohu originel, dont nous avons
tous fait l'expérience, et la lumière de Dieu va venir
y mettre de l'ordre. C'est une loi.
L'expérience spirituelle est une lumière qui tombe d'en-haut
et qui l'ordonne. Notre être en difficulté va se trouver
récupéré, intégré, transformé,
ou si vous préférez, la connaissance qui jaillit dans le
cur de l'homme recrée l'esprit, le transforme comme la lumière
fait le monde. Il est nécessaire qu'il y ait une refonte de
l'être par une lumière transformante. Ceci est extrêmement
important.
Extraits des Homélies et "Les êtres sont transfigurés"
|