Les homélies de ce Carême seront illustrées avec les photos de la Terre Sainte.
Aujourd'hui : Les croix de la Terre Sainte

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vendredi 22 avril 2011

 

Vendredi Saint

 

Isaïe 52, 13-53, 12 Hébreux 4, 14-16 ; 5, 7-9 Jean 18, 1-19, 41

 

Nous venons d’entendre le récit de la Passion du Christ selon St Jean. Je vous invite à le méditer en approfondissant la plénitude de la liberté avec lequel le Christ s’engage pour le salut de tous les hommes.

Jésus est la manifestation de l’amour du Père, Jésus Christ n’est qu’amour. Mais l’amour ne peut exister que dans la plénitude de la liberté. Et cette liberté éclate de façon étonnante dans l’Evangile de Jean parce que Jésus se manifeste tout simplement selon ce qu’il est. Au moment de son arrestation, il dit : « Je suis ! ». C’est Dieu qui se révèle dans l’Ancien Testament.

« Je suis ! ». Tous tombent à la renverse.

C’est librement que Jésus se donne parce qu’il le veut. Il dépose son âme parce qu’il le veut. C’est la même liberté qui se manifeste dans son dialogue avec Pilate. Remarquez la souveraineté de la liberté du Christ face à Pilate. Celui-ci est un homme qui ne pense qu’à sa carrière et qui est très ennuyé de se trouver dans ce cas difficile d’avoir à juger Jésus. Jésus ne réponds pas toujours à toutes ses questions pour souligner l’importance des paroles qu’il lui adresse : « Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci, rendre témoignage à la vérité ».

Le Christ est venu rendre sur terre témoignage de l’amour du Père pour nous. Il n’est que cela : dans sa personne, il est la réalité fondamentale du Fils de Dieu qui s’incarne, qui vient partager notre mort dans la liberté suprême.

Le Christ vit avec une liberté comme il n’y en a pas, une liberté qui passe à travers les fantaisies des juifs et des romains. Jésus dit à Pilate : « Tu n’aurais aucun pouvoir si tu ne l’avais reçu d’en haut ». Autrement dit, Jésus sait très bien qu’il pourrait se dégager de ce guêpier mais alors, que deviendrait notre salut ? Il se sait pris dans le mystère du Père. Son Père accepte sa mort pour le salut du monde. Le Père ne veut pas une mort mais un amour qui soit une réponse d’amour libre au sien qui se donne. . Le Christ incarne cette réponse libre d’amour libre prenant tout sur lui, engageant le tout de son être pour nous sauver. Relisez le texte de St Jean et vous retrouverez à chaque instant cette liberté souveraine. Jésus porte lui-même sa croix et ceci est très significatif. Cela veut dire qu’il choisit de mourir librement pour nous manifester son amour. Mais ce qu’il attend de nous, c’est notre réponse d’amour et je voudrais que vous sentiez que ce texte ne nous est donné que pour répondre à l’amour du Père manifesté en Jésus Christ. Ce texte n’a de sens que pour découvrir que le Christ est Fils de Dieu, le Fils infiniment libre, qui ne vit que dans cette liberté pour qu’à notre tour nous puissions la connaître et en vivre.

La préface de Sérapion, une des plus anciennes préface dit ceci : « Fais de nous des hommes libres ». Oui, nous avons à devenir des êtres libres à l’image du Christ. Tout le mystère de Jésus Christ consiste à faire de nous des fils, des fils libres, non pas des esclaves, mais des êtres libres. Le monde dans lequel nous vivons est un monde d’esclavage. Que ce soit à l’Est ou à l’Ouest, au nord ou au Sud, nous avons organisé un monde d’esclavage que certains commencent à décrire actuellement en montrant l’aliénation dans les rapports des hommes entre eux. Nous sommes enchaînés dans l’esclavage mais la liberté du Christ vient nous délivrer. Et si vous voulez savoir si l’évangile apporte quelque chose de neuf, réfléchissez à la libération que le Seigneur réalise pour que nous soyons à lui. Il nous libère. Il nous rend libre pour que nous marchions à sa suite  vers la croix. Il n’ y pas autre chose. L’évangile est cette proclamation merveilleuse, étonnante, de la liberté dans laquelle nous sommes engagés. Mais c’est une liberté avec un arrière fond tragique car une liberté peut se refuser.

Il ne faut pas biaiser avec l’évangile. Il ne faut pas biaiser avec la réalité de cette possibilité de refus du mystère du Christ. Ce n’est pas un sauvetage magique, ce n’est pas un sauvetage sans aucune participation ou collaboration de notre part. C’est un message qui atteint le fond de notre être dans sa liberté et qui nous appelle à y correspondre.

Il y a un sérieux de l’évangile. C’est le sérieux de l’amour qui se livre, de l’amour qui se donne, le sérieux de Celui qui est venu pour témoigner de la vérité et de l’amour du Père. C’est cela le cœur de notre vie, c’est aussi le risque car nous ne pouvons pas répondre.

Bien sûr, le Seigneur est d’une miséricorde infinie, d’une miséricorde impossible à imaginer : la mort même du Christ est cette miséricorde manifestée. Mais il y a ce paradoxe infini, cette réalité infiniment douloureuse : nous pouvons refuser l’amour !

Dieu est amour. Le Christ est amour pour nous appeler à un amour de tendresse, de pitié, de compréhension, de lumière. Nous avons à nous laisser faire, nous avons à laisser le Seigneur nous engager dans sa voie, dans son propre mystère.

D’ailleurs, les hommes ont beau utiliser toutes leurs fantaisies pour se dégager du dessein de Dieu : cela leur est impossible. Les juifs ont beau demander à Pilate de ne pas écrire : « Le roi des juifs », dans les trois langues universelles du temps en hébreu, en latin et en grec, Pilate répond : « ce que j’ai écrit, je l’ai écrit ». Il prophétise le mystère.

C’est une liberté royale, la liberté d’un Roi déjà triomphant. Vous savez à quel point pour St Jean, la Passion est une gloire. La passion est une joie débordante, une paix débordante : la joie et la paix messianiques sont entrées dans le monde.

Nous avons à demander au Seigneur de renverser toutes nos perspectives, de changer un peu nos habitudes. Nous sommes tellement sur nos problèmes matériels alors que le monde entier est dans une si grande faim spirituelle. Nous sommes tellement focalisés sur un certain nombre de nos soucis qu’on est en droit de se demander où est notre liberté ! C’est un esclavage !

Laissez-le et venez jouer le jeu de la liberté et de l’amour et tout sera transformé. Une communauté chrétienne doit vivre de liberté, d’amour, doit tout laisser transformer par l’amour. Je ne vous demande qu’une chose, c’est d’aimer le Seigneur et de découvrir que le Seigneur peut tout, absolument tout. Tout est possible à Dieu. Laissons de côté nos calculs humains, si intéressants et passionnants soient-ils à courte vue, et regardons la liberté du Seigneur, cette liberté parfaite avec laquelle il s’est livré pour nous.

« Sachant que son heure était venue de passer de monde à son Père » : Jésus entre dans le mystère avec la lumière de son Père, il est souverain, il est royal parce que tout simplement libre. Il est l’homme le plus libre qui soit parce qu’il est l’  « Homme », comme dit Pilate. Oui, voilà l’ « Homme », le dernier Adam, celui qui sauve tout, celui qui transfigure tout, celui que nous rencontrons tous les jours à travers ce que nous sommes, à travers les actes que nous posons, à travers nos frères. C’est l’  « Homme » que nous devons découvrir. « Voici l’Homme » mais cet homme, c’est Jésus Christ, Fils de Dieu, donné au monde par le Père pour manifester son amour.  

Dans cette messe des présanctifiés, qui ne comprendra pas de liturgie eucharistique, nous communierons au Corps du Christ en lui demandant de rentrer dans sa mort.

Et nous prierons aux grandes intentions du monde et de l’Eglise catholique en nous ouvrant au mystère de tous les hommes, nos frères que nous aimons, pour lesquels nous devons donner notre vie car c’est cela l’Amour : donner sa vie pour ceux qu’on aime. Amen !

(Extrait du livre : L' amour du Père révélé dans sa Parole. Homélies, année A. Parole et Silence )

 

 

 

 

 

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