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Le champs des bergers




Le champs des bergers










La grotte de la Nativité

 

 

Mercredi 24 décembre 2009

Messe de la nuit de Noël

Isaïe 9, 1-6 Tite 2, 11-14 Luc 2, 1-14

 

Il y a dans cette fête de Noël quelque chose d’extraordinaire et de merveilleux que nous sentons tous : c’est le mystère de la fragilité de la vie et la toute puissance du Seigneur. Ce qui éclate d’abord, c’est la fragilité de la vie de cet enfant qui naît, la fragilité de cet homme venant en ce monde, la fragilité de ce pauvre chassé de partout puisqu’ il n’ y a plus de place dans la salle commune.

Un homme fragile, un homme pauvre qui, comme tous les hommes est promis à la mort. Cette fragilité est au cœur de Noël, au cœur de toutes nos vies parce que en chacune, il y a le mal à l’œuvre et nous devons le regarder en vérité.

Devant tout enfant, nous éprouvons une tendresse ineffable dont nous parle Saint Luc. Nous espérons pour son avenir et nous sommes pris par la joie et la paix parce qu’un avenir est là, parce qu’un avenir se dessine. Nous savons que le terme de cet avenir est déjà donné et qu’il est inscrit au cœur même de cet être.

C’est un mystère de tendresse, oui, de tendresse infinie mais aussi un mystère de puissance. Il y a quelque chose d’extraordinaire : Dieu vient à nous dans la faiblesse. Dieu vient à nous dans cet enfant couché dans une mangeoire et emmailloté. C’est le Seigneur que nous adorons, le Seigneur  qui a fait le ciel et la terre. Dieu vient à nous, non pas comme nous le souhaiterions tous, c'est-à-dire en triomphant magnifiquement de toutes les difficultés, en nous protégeant de la souffrance et en nous évitant la mort mais au contraire, il vient les assumer en les prenant sur lui. C’est le mystère de Noël, un mystère de rencontre avec la faiblesse et la puissance. Dieu est à l’œuvre et vous vous souvenez de ce que l’Ange du seigneur dit au berger : « Ne craignez pas car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : aujourd'hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, il est le Seigneur ».

« Ne craignez pas, je vous annonce une bonne nouvelle ! ». Pour combien d’entre vous Noël est-il la  bonne nouvelle qui éclate dans les cœurs, la bonne nouvelle qui chasse toutes les autres nouvelles, la bonne nouvelle qui fait que toute les actualités de ce monde ne paraissent rien même si elles sont tragiques, même si elles sont atroces ? Nous interrogeons-nous, nous tous bien pensants, que disons pour que Noël soit la bonne nouvelle ? Dans le monde occidental ou dans les autres continents, des hommes méprisent la vie, des hommes béatifient l’avortement, des hommes nient la mort, la refusent sottement alors qu’il faudrait sauver la vie, la faire respecter à tout prix pour qu’elle triomphe. Le Seigneur nous dit : « Je vous annonce une grande joie » parce que toute vie est merveilleuse, toute vie a des possibilités étonnantes. Croyons-nous que la vie est merveilleuse ? Au cœur même de la souffrance, au coeur de l’anéantissement, il peut y avoir la joie, la joie de Dieu. Le Seigneur nous le montre dans les martyrs, il nous le montre aussi dans certains malades ou handicapés qui ont rencontrés Dieu. Sommes-nous des hommes décidés à jouer notre vie pour Dieu, à la jouer pour de bons, à devenir des êtres pour qui Dieu existe, pour qui Dieu est un être non pas imaginaire comme tant d’hommes le pensent, mais un être qui est Dieu, le seul qui compte, le seul qui engage nos vies, le seul à travers qui tout passe ?

Est-ce que nous aimons Dieu ? L’aimons-nous comme nous chérissons un être très proche, plus encore, davantage que tout être ? Je vous pose cette question car elle est centrale dans nos vies. En cette fête de Noël, le Seigneur n’a pas à nous poser d’autre question que celle posé à Pierre au soir de sa vie : « Pierre m’aimes-tu ? » Chacun entend dans sa conscience cette parole : « Pierre m’aimes-tu plus que ceux-ci ? », es-tu décidé à jouer ta vie sur ma vie, es- tu décidé à t’engager avec moi, es-tu décidé à connaître la mort et la résurrection ? Car enfin, ce que le Seigneur nous propose c’est d’entrer dans la vie : « Je suis venu pour qu’il aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance ». L’atrocité de la souffrance et l’atrocité de la mort sont là : le Seigneur ne les nie pas puisqu’il les traversera mais il passera en triomphant de la fragilité humaine, de la faiblesse humaine, en les enveloppant d’amour car au fond, il n’y a de vérité et de vie que dans l’amour. C’est l’amour seul qui compte

. Avez-vous lu certains récits russes d’hommes qui ont traversé la souffrance ? L’un d’entre eux raconte comment il a triomphé de tous les esclavages, il a brisé toutes les contraintes établies contre lui et il s’écrie qu’il est seul mais qu’un homme seul peut tout briser à condition d’aimer. C’est ce que le Seigneur nous demande : briser les liens qui sont à briser mais resserrer les liens d’amour entre les hommes qui les construisent.

Le Seigneur nous demande d’avoir au cœur la joie d’être sauvés. Etes-vous persuadés d’être sauvés, êtes-vous sauvés en espérance, comme dit Saint Paul ? Croyez-vous au tréfonds de votre être que vous avez besoin d’être sauvés par le Seigneur, je dirais arrachés, comme on arrache une proie aux serres de l’aigle, du mal, de la souffrance, de la mort ? Y croyons-nous vraiment ? Sommes-nous assez fous ensemble  pour croire à cette vérité et pour nous la donner réciproquement ? Nous devons incarner cette phrase du Seigneur : « aimons-nous les uns les autres ». Ce ne sont pas des mots et Lucien, le « Voltaire » de l’Antiquité disait des anciens : « On leur a fourré dans le crâne qu’ils sont frères ». Oui, c’est cela, on nous a fourré dans le crâne que nous sommes frères. Nous avons cette folie de croire à la folie de l’amour de Dieu. En cette fête de Noël, je vous demande une chose : croire au bonheur, à la plénitude du bonheur, à la plénitude de vérité du bonheur, de la joie triomphale du bonheur. C’est une véritable joie qui est dans notre cœur devant ce petit enfant si fragile et cependant tout puissant. Il triomphera, après sa mort, dans la résurrection. Voilà ce que nous confessons après avoir entendu les paroles de Saint Paul : «  Il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier enfin de faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien ». Sommes-nous ardents à faire le bien, à tout lâcher pour le Christ comme Paul regarde toutes choses derrière lui comme des ordures, de la balayure pour gagner le Christ ? Nous sommes des êtres extraordinaires ! Les chrétiens, s’ils savaient ce qu’ils sont et s’ils savaient en vivre, transformeraient le monde par leur témoignage de vie. Ils transformeraient le monde car ils seraient ce que le Seigneur leur demande d’être. Le Seigneur n’a pas promis une transformation magique mais il a promis un monde de justice et e paix : « Gloire à Dieu aux plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qui l’aiment ». Un triomphe de l’amour ! Vous savez combien l’amour est humble, pauvre parce qu’il se met aux pied de ses frères.

Demandons ensemble, dans l’Eucharistie que nous allons célébrer, cette joie qui part des entrailles et qui transforme l’homme, joie profonde de l’être, joie de la vie, joie de la vie céleste, non pas seulement de notre pauvre vie qui est pour la mort, mais de la vie de Dieu, de la vie éternelle de Dieu : « Je crois en la vie éternelle ». Nous allons le proclamer dans un instant. Cette vie plus forte que tout  nous enveloppera dans l’éternité et nous nous connaîtrons pour l’éternité ! Vous dont je connais à peine les visages, je vous connaîtrai, non pas de la lumière dont nous nous connaissons ici-bas mais transfigurés dans la lumière. Nous nous connaîtrons comme des frères, comme des êtres aimant, des êtres de joie, des êtres de paix. Amen

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(Extrait du livre : La puissance de l'amour de Dieu dans sa Parole. Homélies, année C. Parole et Silence )

 

 

 

 

 

 

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