15 août 2011

Assomption de la Vierge Marie



Apocalypse 11, 19. 12,10 1 Corinthiens 15, 20-26 Luc 1, 39-56

 

Nous fêtons aujourd’hui Marie. L’Assomption est une des plus grandes fêtes de l’Eglise. Il est curieux qu’elle se situe en plein cœur de l’été alors qu’elle est au cœur de la résurrection du Christ. Car c’est bien ce mystère du Seigneur que nous avons aujourd’hui à affirmer et à proclamer.

Le monde est traversé par le mal, la souffrance et le péché. Toutes les misères et l’atrocité du monde pèsent tellement sur les hommes que beaucoup se demandent si Dieu existe vraiment. Oui, cette immense interrogation se pose au cœur du monde : Dieu, le Dieu de l’Evangile est-il vraiment là au milieu de nous ?

Marie est celle qui peut nous répondre. Il n’y a pas de créature qui ait senti le mal plus profondément qu’elle. Il n’y a pas de créature qui soit entrée dans la profondeur du Christ comme elle. Il n’ y a personne qui ait mesuré plus qu’elle l’ampleur de l’amour de Dieu. Est-il possible de parler de l’amour de Dieu dans un monde où l’on tue, où les nations se battent comme jamais ?

Je le crois de toutes mes forces. Je le crois parce que St Paul nous dit : « Le Christ est ressuscité des morts pour être parmi les morts le premier ressuscité ». Je le crois aussi parce qu’il y a Marie, celle qui a fait l’expérience des souffrances de son Fils jusqu’au bout de l’amour. On imagine trop souvent la vie de Marie comme une vie simple, comme une vie sans souci, alors que c’est la vie la plus délicate, la plus complexe que le Seigneur a faite. Marie a compris du fond de son cœur ce qu’est « être abandonné jusqu’au bout ». Il ne faut pas voir la croix uniquement dans la gloire. Bien sûr, la gloire existe mais il faut la voir dans sa réalité la plus profonde, dans sa réalité, je dirais invraisemblable.

Que le Fils de Dieu ait voulu que sa mère soit au pied de la croix, n’y a-t-il pas là un scandale ? Que le Fils de Dieu ait voulu que sa mère soit toute présente à son sacrifice, n’est ce pas scandaleux ? Et pourtant, je crois profondément que là s’affirme l’amour de Dieu et la réponse d’une créature humaine à l’amour de Dieu. Marie a connu la joie de la bénédiction. Vous l’avez entendu dans les paroles d’Elisabeth : « Tu es béni entre toutes les femmes et le fruit de tes entrailles est béni ». Marie est bénie mais au prix de quelle croix, de quels tourments, au prix de quelle souffrance ! Les merveilles du Seigneur traversent souvent des existences douloureuses, broyées, livrées à Dieu. L’amour de Dieu n’est pas quelque chose de tout simple. L’amour de Dieu dépasse à chaque instant les apparences et Marie a appris à découvrir, au-delà des apparences, la vérité et l’amour de son Fils. Toutes les apparences étaient contre Marie et pourtant elle s’est tenue debout au pied de la croix, debout comme personne, debout au cœur de la vérité, debout au cœur de l’amour.

 En cette fête de l’Assomption, Marie nous fait percevoir la splendeur de l’amour de Dieu qui pénètre tout. Il transforme tout, il élève les humbles, il les fait passer de la mort  à la vie. L’amour de Dieu s’étend d’âge en âge, nous dit Marie dans son Magnificat. Elle l’a vécue comme nul l’a vécue et comme elle, il faut passer au-delà de toutes les apparences pour rejoindre la puissance de l’amour de Dieu, sa créativité, son invention, son imagination, je dirais même sa fantaisie.

Tout est fait dans l’amour de Dieu, tout est travaillé par l’amour de Dieu, tout est transpercé par l’amour de Dieu. Nous avons à le découvrir mais il faut mettre le prix. Il y a dans la vie de Marie une présence éclatante qui nous apparaît grâce à Elisabeth : « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ». Il y a ce « heureuse celle… ». Marie est heureuse jusqu’au cœur de la croix. Pourtant avec on Fils, elle a connu la division des cœurs comme personne et son cœur en a été transpercé. Le rôle de Marie dans l’Eglise est de nous faire entrer dans cet amour triomphant. Si elle est entré dans le ciel, si elle est auprès de son Fils, c’est parce qu’elle a été toute proche de la Passion.

Passion et résurrection ne font qu’un en Marie. Pour elle, la passion lui ouvre tout grand le chemin de l’Assomption, le chemin de la gloire, de ce corps illuminé par l’Esprit, transformé par l’Esprit. « Le puissant fit pour moi des merveilles », dit Marie. Elle n’a cessé de le dire tout au long de sa vie, mais nous avons à la prier pour pouvoir tenir nous aussi, à notre tour car tenir dans la joie, tenir dans la paix est plus compliqué que beaucoup ne l’imaginent, à commencer par nous-mêmes.

Nous ne sommes pas là pour fêter Marie comme n’importe quelle femme. Nous sommes là pour fêter Marie, Mère de Dieu, glorifiée dans le ciel. Croyez-vous à cette glorification ? Croyez-vous vraiment que Marie est ressuscité avec son corps comme son Fils ? Croyez-vous que nous sommes promis à la même résurrection ? Si non, notre présence ici ne signifie rien. Croire à l’amour. Aimer jusqu’au bout comme Jésus Christ a aimé : tel a été le mystère de Marie, tel est notre mystère. Le mystère de la glorification du corps de Marie est l’accomplissement de la participation à la passion de son Fils. C’est la passion qui éclate, qui éclate de joie dans ce monde enténébré, dans ce monde qui a refusé la présence du Christ, dans ce monde où le Christ ne se reconnaît pas. « Les siens ne l’ont pas accueilli » (Jn 1,11). Et pourtant, c’est dans ce monde que le Christ proclame ce qu’il est. Nous aussi, nous avons à le proclamer comme étant le Christ de gloire, d’amour de vérité mais à travers la passion, à travers l’angoisse, à travers la mort.

  Demandons au Seigneur dans cette Eucharistie, d’être entraînés dans ce mouvement d’amour. Nous croyons à la vie éternelle qui ne passera pas, à la vie pour toujours. Réfléchissez-vous à cette vie qui attend chacun d’entre nous, qui nous attend tous, cette vie qui sera une vie dans la chair, mais dans une chair transfiguré dans l’Esprit Saint ? Pour vous, la vie chrétienne est-elle cela ? Êtes-vous capables de tout quitter, de tout lâcher pour cela ? Je vous le demande comme un pauvre qui est comme vous et qui demande d’être fidèle à l’amour du Seigneur. Marie a été fidèle et sa joie a éclaté. Aujourd’hui, l’Eglise est éclatante de joie parce que Marie a été glorifiée.

Demandons au Seigneur de nous laisser prendre par cette glorification. Que la joie de Dieu éclate en nous avec sa paix ! Oui, que la joie de Dieu pénètre votre cœur et vous emporte là où est Marie ! Nous le pouvons le faire beaucoup plus simplement que nous le pensons. Il suffit de prier le rosaire, il suffit de dire des « Je vous salue Marie… »  qui paraissent si simples et qui pourtant sont si profonds parce qu’il engage tout l’être. Demandons à Marie, de prier comme elle a prié, humblement, pauvrement, mais avec la puissance de l’Esprit et nous verrons que dans notre vie, le Seigneur fera des merveilles, des merveilles d’amour dans la croix. Amen !

(Extrait du livre : L' amour du Père révélé dans sa Parole. Homélies, année A. Parole et Silence )

 

 

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