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Photos : Terre Sainte - Jérusalem
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Dimanche 7 mars 2010
Troisième dimanche de Carême
Exode 3, 1...15 1 Co 10, 1-12 Luc 13, 1-9
L’Evangile de ce dimanche est solennel. C’est un appel à la conversion de cœur, un appel à un retournement de tout notre être. C’est d’ailleurs la signification du Carême : nous appeler à une conversion plus profonde pour découvrir totalement le Seigneur. Il faut tenir compte que nous sommes pris dans nos habitudes. Nous oublions la démarche authentique et spirituelle qui est essentielle : nous convertir ou plus exactement nous laisser convertir car c’est Dieu qui convertit. Nous ne faisons pas notre salut à la force du poignet ; ce n’est pas nous qui nous sauvons, c’est Dieu qui nous sauve et nous avons à nous remettre à la puissance et à la miséricorde du Seigneur. Nous avons avant l’Evangile, deux admirables textes. L’exode nous livre la vision de Moïse sur l’Horeb. Le Seigneur vient pour délivrer son peuple : « Je suis descendu pour le délivrer de la main des Egyptiens, le faire monter de cette terre vers une terre spacieuse et fertile, vers une terre ruisselante de lait et de miel, vers le pays de Canaan ». Moïse lui dit : « Ils vont me demander quel est son nom : que leur répondrais-je ? ». Dans l’antiquité, donner son nom c’est en quelque sorte se donner soi-même de telle sorte que l’on donne prise à celui qui le connaît. Mais Dieu sait très bien que ne l’on met pas sa main sur lui et il se définit comme Celui qui Suis : Tu parleras ainsi au fils d’Israël : Celui qui m’a envoyé vers vous, c’est « Je Suis ». La première chose que nous avons à découvrir pour nous convertir c’est le mystère de Dieu. Croyons-nous au mystère de Dieu dans sa plénitude, au mystère de Dieu dans cette révélation qu’il fait de lui-même et où il se désigne par son nom qui est : « Je Suis », ce nom que le Christ aura l’audace de reprendre (c’est Jean qui nous le transmet) en disant : « avant qu’Abraham fût, Je Suis », « Quand vous m’aurez élevé de terre, vous saurez que « Je Suis » ? Le Christ se situe sur le même plan que Dieu son Père, parce que tout simplement « Il est », « Je suis Sauveur », « Je suis le salut de mon peuple », « Je suis Celui qui vient te délivrer de la main des oppresseurs ». Se convertir, c’est découvrir Dieu dans la lumière, découvrir Dieu dans toute sa plénitude, découvrir qu’il est innommable, ineffable, qu’il est au-delà de tout et que cependant il est celui qui est le plus proche de chacun d’entre nous : « Je Suis ». « Je Suis », veut dire à la fois « Je Suis » au plus fort du mot. Il est la seule personne qui se pose dans l’existence avec une « assurance » complète : « Je Suis ». Et il est celui qui peut dire « je suis avec vous pour toujours ». C’est ce que le Christ dira à ses disciples au moment où il quitte le monde pour retourner au Père et où il leur donne pouvoir : « Je suis tous les jours avec vous jusqu’à la fin du monde ».
« Je Suis », c’est celui qui dévoile sur la croix qu’il est le fils du Père. « Je Suis », c’est celui, qui se donne totalement, qui se livre jusqu’au bout, qui se met aux pieds de ses apôtres et qui nous sauve. « Je Suis », c’est cela ! Ce n’est pas un nom sans signification, c’est le nom que toute la tradition chrétienne a médité, ’est le mémorial, comme dit la Bible, que l’on ne cesse de célébrer d’âge en âge, « c’est là mon nom pour toujours ». Avez-vous réfléchi au mystère de « Je Suis » dans votre vie ? au Mystère de celui qui est au plus profond de votre être, qui est plus intime à vous-même que vous-même et qui est même plus transcendant que personne, nous dépassant de partout, qui est tendresse et pitié , qui est miséricorde, qui est amour ? « Je Suis », c’est le Christ nous donnant de vivre du baptême, de vivre d’une nourriture spirituelle, dont l’Exode est pour nous l’image. St Paul dit : « Tous, ils ont pour ainsi dire été baptisés, en Moïse, dans la nuée et dans la mer ; tous, ils ont mangé la même nourriture qui était spirituelle ; tous, ils ont bu à la même source qui était spirituelle car ils buvaient à un rocher qui les accompagnait, et ce rocher c’était déjà le Christ ». Ici, St Paul fait allusion à une tradition des rabbins, selon laquelle le rocher qui donne de l’eau, dans l’Exode, accompagnait tout au long de leur marche les Hébreux, et c’est pourquoi St Paul dit que « ce rocher, c’était le Christ ». Le Christ vient donc nous révéler qui est : « Je Suis ». Jésus nous dit dans la prière sacerdotale rapportée par St Jean : « J’ai révélé ton Nom aux hommes » ; cela veut dire, j’ai révélé qui tu es, j’ai révélé de quel amour tu enveloppes tous les hommes, j’ai dit qui est mon Père. J’ai révélé que tu n’es qu’amour, tendresse et pitié. L’Eglise nous donne ces textes pour nous convertir et pour entrer dans un mystère de transformation de notre être. Vous me direz : nous nous rendons bien compte que rien ne change en nous, nous avons beau faire des efforts, nous ne nous transformons pas. Mais ce qu’il faut demander au Seigneur, c’est que ce soit lui qui nous transforme, bien sûr avec nos efforts, mais en comptant sur lui, en s’appuyant sur lui. Il ne faudrait pas que nous soyons ce que l’Eglise appelle des pélagiens, c'est-à-dire des chrétiens qui comptent sur leurs propres forces, sans la grâce. Ce que l’Eglise demande au contraire, c’est que les chrétiens n’aient d’autre force que « Je Suis », d’autre force que le Christ, d’autre force que l’Esprit donné par le Seigneur. Il s’agit d’être patients avec nous-même. Si nous voulons nous convertir cela ne se fera pas en un jour, cela demandera du temps, cela nous décevra peut-être : nous ferons pas ce que le Seigneur attend de nous. La dernière chose à faire dans la vie chrétienne, c’est de se dépister, se centrer sur soi-même parce qu’on est tombé, se regarder. Ce que l’Eglise demande, au contraire, c’est de croire que quelles que soient nos fautes, quelles que soient nos misères, quelle que soit l’ampleur de nos péchés, le Seigneur est là et il peut nous faire porter du fruit. La parabole de l’Evangile raconte la décision de l’homme qui a un figuier : couper ce figuier parce qu’il épuise le sol et le vigneron demande encore une année et il bêchera autour pour y mettre du fumier, et peut-être donnera-t-il des fruits à l’avenir. « Donner du fruit » ! Si nous nous convertissons, nous porterons du fruit. Le fruit jaillit de cette présence même du mystère de Dieu en nous. C’est le Seigneur qui nous harponne, qui nous prend par la main, qui nous dit « Viens » et qui est décidé à nous faire porter beaucoup de fruits. Dans St Jean, l’une des grandes comparaisons du Christ avant sa passion sera qu’il est le cep et nous les sarments ; greffés en lui, nous devons porter du fruit. Porter du fruit, c’est la loi de l’Evangile. Le fruit jaillit de la grâce de Dieu, le fruit est tout don, tout amour, toute miséricorde. Ne vous laisser pas agacer par vos péchés, ne vous laisser pas décourager par votre misère, nous en sommes tous là. Découvrons l’intérieur du mystère. Dieu est plus beau que nous l’imaginons, Dieu est celui qui vient en plein cœur de nos vies nous bouleverser. Il vient comme cela lui plaît, comme cela lui chante, il entre en notre cœur sans demander la permission, mais il s’engage avec nous tout en respectant notre liberté. Demandons au Seigneur qu’il nous saisisse à la racine de nous-mêmes. Etre saisis, être tout neufs, tout repris dans l’amour de Dieu, tout aimant. Le Seigneur peut vraiment tout faire. Les saints sont simplement des hommes qui ont cru à cet amour de Dieu qui les enveloppait depuis toujours. Ce ne sont pas toujours des vies extraordinaires, ce sont des êtres comme nous, qui avaient un visage comme nous, des yeux comme nous, un regard comme nous, mais qui ont laissé le Seigneur transparaître en eux. Demandons au Seigneur de nous laisser convertir par sa parole, de nous laisser convertir par ce rocher spirituel qui nous accompagne tout au long de notre vie et qui est le Christ. A nous d’y boire, à nous de nous y désaltérer pour marcher sur la route qui est longue et qui mène au Royaume de Dieu.
Que la prière soit le cœur de nos vies. En ce temps de Carême, priez, ne cessez de prier, car le temps est venu comme dit St Paul. Demandons que le Seigneur nous mène là où il le veut, comme il le veut, par les chemins qu’il veut et que nous n’imaginons pas. Laissons-le faire. Amen ! (Extrait du livre : La puissance de l'amour de Dieu dans sa Parole. Homélies, année C. Parole et Silence )
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