|
|
Deuxième dimanche de Carême La Transfiguration du Seigneur
Le Carême est une montée vers Jérusalem, comme la vie du Christ, une montée vers la croix et vers la gloire. Nous ne pouvons aborder la croix que dans la résurrection du Christ, que dans sa transfiguration. Nous ne pouvons pas en effet supporter le poids de la croix ; il est trop lourd et l’homme ne peut pas la porter. Cela devient possible lorsque nous découvrons le Christ dans sa marche vers Jérusalem. Il est habité par quelqu’un, son Père, et il a voulu nous montrer qu’il est toujours là auprès de lui, que c’est lui qui le transfigure. Vous connaissez la scène : « Jésus prit avec lui Pierre, Jean, Jacques et Jean, et il alla sur la montagne pour prier. Pendant qu’il priait, son visage apparut tout autre, ses vêtements devinrent d’une blancheur éclatante. Et deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Elie, apparus dans la gloire. Ils parlaient de son exode qui allait se réaliser à Jérusalem ». Jésus monte sur la montagne pour demeurer la nuit en prière comme il le fait souvent. Et voilà que tout à coup, ses trois disciples étant présent, ses vêtements devinrent d’une blancheur éclatante et son visage apparut tout autre. De quoi parle Jésus avec Moïse et Elie qui sont apparus dans la gloire ? « Ils s’entretenaient de son exode », c'est-à-dire de son départ pour Jérusalem. Ils parlent de sa mort dans la lumière de la gloire du Christ. Mais il faut d’abord pénétrer, comme Pierre, quelque peu dans le mystère du Christ. Avez-vous remarqué que Pierre est peu disposé pour cela : « Maître, il est heureux que nous soyons ici ; dressons trois tentes une pour toi, une pour Moïse et pour Elie ». Pierre voudrait que la gloire nous habite déjà à tel point que tout nous soit donné et que nous puissions demeurer sur cette terre dans la gloire. Cela n’est pas possible parce que le mystère du Seigneur est un mystère de marche et de montée vers Jérusalem, de marche et de montée vers la croix qui conduit à la gloire. Alors Pierre bafouille, Pierre demande trois tentes mais comme l’évangéliste nous le dit : « Ils ne savait pas ce qu’il disait ». Il entre dans la nuée et c’est la grande révélation, celle qui va soutenir sa marche vers Jérusalem : « Celui est mon Fils, celui que j’ai choisi, écoutez-le ». Pour accomplir cette marche vers la croix qui est la nôtre, croix taillé à la mesure de chacun d’entre nous, il n’y a qu’une seule chose à faire, c’est accueillir la parole, accueillir l’unique parole : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé que j’ai choisi, écoutez-le ».
Une écoute de la parole de Dieu, voilà ce qui nous est demandé spécialement en ce temps de Carême. Une écoute de cette parole transformante, de cette parole inouïe, de cette parole qui est la parole du Père qui nous révèle tout son mystère et qui nous dit à quoi nous sommes appelés. Rien n’est plus difficile qu’écouter la parole, car pour cela, il faut faire silence en soi, il faut laisser les troubles du monde disparaître, il faut que la parole puisse résonner dans notre cœur. Nous devons demander au Seigneur d’entrer dans le mystère de sa parole qui est en même temps un mystère de promesse, comme nous le dit le texte de la Genèse : « Ce jour-là, le Seigneur conclut une alliance avec Abraham en ces termes : « A ta descendance, je donne la pays que voici ». Le texte étonnant de Paul nous dit que « nous sommes citoyens des cieux ». Notre citoyenneté nous donne les droits de la cité céleste et notamment celui d’être auprès du Fils dans la gloire. « Et c’est à ce titre que nous attendons comme Sauveur le Seigneur Jésus-Christ ». Nous sommes fils dans le Fils et le Seigneur nous appelle à partager sa gloire. Paul va jusqu’à nous dire que le Seigneur Jésus « transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux avec la puissance qui le rend capable aussi de tout dominer ». Croyons-nous que nos corps seront transformés, transfigurés à l’image du corps glorieux du Christ, ce corps qui transparaît de lumière, de paix et d’amour, ce corps qui est tout enveloppé de la miséricorde du Père ? Croyons-nous que nous aussi nous aurons le corps transformé à l’image du corps glorieux du Seigneur ? La puissance de la mort est dans nos vies, nous la connaissons tous. Nous savons qu’elle est là, mais ce que le Christ affirme, ce que nous avons tous à proclamer, c’est au cœur de cette mort, de ce monde qui meurt, il y a une espérance invincible comme il n’en est pas d’autre, une espérance de transformation de notre être avec la puissance qui a permis au Christ de triompher de la mort. Cela nous est donné. Nous avons à confesser la croix du Christ, à la reconnaître, à en vivre, à imiter Paul et les apôtres, à imiter ceux qui ont cru à la puissance glorieuse de la croix. Imiter ceux qui ont cru dans la puissance de la croix ! Il y a là un mystère. Cela paraît au premier abord aberrant et pourtant, la puissance de la croix et de la résurrection, c’est la puissance de Dieu au plus profond de notre être. Demandons au Seigneur de tendre vers les choses d’en haut, de tendre vers là où est le Christ pour demeurer auprès de lui ! Il est venu pour que nous l’écoutions : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le » ! Que ce Carême soit toute écoute de la Parole de Dieu, de ce verbe allant à la croix qui n’a de sens que parce qu’elle est déjà enveloppée de la résurrection. Dans nos vies, il y aussi des moments de transfigurations. Il y a dans notre être comme une lumière qui apparaît, qui disparaît, parce qu’il y a une présence de Dieu en nous. Nous connaissons tous ces êtres habités par le mystère de Dieu et la sainteté est cette présence de Dieu à travers des êtres qui ont les yeux brillants de la lumière de Dieu, brillants de la vérité de Dieu, brillants de l’amour de Dieu. Demandons au Seigneur d’être, non pas saisis de frayeur comme Pierre, Jacques et Jean, mais de pénétrer dans la nuée avec confiance, parce que la nuée annonce que le Fils est là, qu’il a été choisi par son Père et que nous sommes engagés avec lui, certains que dans cet engagement nous connaîtrons la transfiguration de notre être. Nous allons être transfigurés ! Cela commence dés maintenant à condition que nous croyions à la puissance de la résurrection qui agit déjà en nous et qui nous a saisi dans le baptême. Elle nous saisit, elle nous saisira jusqu’à notre dernier moment, elle nous saisira pour faire de nous, à l’heure du Père, des ressuscités ! Amen ! (Extrait du livre : La puissance de l'amour de Dieu dans sa Parole. Homélies, année C. Parole et Silence )
|
|
|
[Accueil] [Prier par son
intercession] [Récollection-Pèlerinages] [Ecrits, Etudes]
[Une vie pour Dieu] [Lire la Parole] © 2003, L'Association "Père Marie-Joseph le Guillou o.p." |
||