Deuxième dimanche de l'Avent, année C

Baruc 5, 1-9 Philippiens 1, 4-11 Luc 3, 1-6

L’Eglise nous donne aujourd’hui à lire des textes qui nous mettent dans une atmosphère de fête et de joie  dans l’attente du seigneur. Le livre de Baruc nous livre une merveilleuse prophétie : « Jérusalem, quitte ta robe de  tristesse et de misère, et la parure de la gloire de Dieu pour toujours, enveloppe-toi dans le manteau de la justice de Dieu, mets sur ta tête le diadème de la gloire de l’Eternel ». Le Seigneur demande à Israël de dépasser de tout ce qui est négatif et de se débarrasser de tout ce qui l’entrave dans sa route vers le Seigneur, dans sa découverte de la gloire de Dieu, c'est-à-dire du mystère de Dieu, de la communion qu’il y a entre le Père et le Fils et qui nous est donnée dans l’Esprit.  Le Seigneur lui demande de tout quitter, de quitter sa tristesse pour s’ouvrir à joie que le Seigneur appelle « Paix de la justice » et « Gloire de la piété envers Dieu ». Ce faisant, le Seigneur annonce le mystère de l’Eglise : « Debout Jérusalem! Tiens-toi sur la hauteur et regarde vers l’Orient : vois tes enfants rassemblés du levant  au couchant par la parole du Dieu Saint ».  Le mystère de l’Eglise est formé de ses enfants rassemblés d’un bout du monde à l’autre par la parole de Dieu et qui se réjouisse du mystère de Dieu.

« Ils se réjouissent parce que Dieu se souvient ». Dans le Magnificat, Marie chante le souvenir que Dieu à pour son peuple. Ce souvenir de l’amour sera donné par Dieu dans le Christ qui est beaucoup plus qu’un souvenir puisque c’est le mystère de Dieu présent parmi nous, c’est le mystère de Jésus venant parmi nous, transformant notre monde pour le faire aboutir à sa joie : « Dieu conduira Israël dans la joie, à la lumière de sa gloire, lui donnant comme escorte sa miséricorde et sa justice ».

Dieu nous conduit vers sa joie qui est la Béatitude. Sur terre, ce sont les Béatitudes qui nous donnent le bonheur. Bienheureux le message de l’Evangile car c’est un message de bonheur. Un mystère de bonheur tourné vers la fin des temps mais tourné d’abord vers cette conversion que nous avons à vivre dont nous parle l’Evangile de Luc en nous présentant le témoignage de Jean-Baptiste.

Jean-Baptiste « proclame un baptême pour la pardon des péchés ». Ils appellent tous les hommes au retournement du cœur, à la métanoia c'est-à-dire à la transformation de tout l’être par laquelle on se livre à Dieu en obtenant la rémission des péchés. C’est cela ouvrir un chemin dans le désert ou comme le dit Jean-Baptiste reprenant Isaïe : « Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez la route ». Ce n’est pas un hasard si Jean-Baptiste proclame cette vérité dans la région du Jourdain auprès du désert.

Pour rencontrer le Seigneur, il faut aller au désert. Le désert n’est pas simplement un lieu géographique mais c’est aussi ce désert que nous connaissons et que nous rencontrons tous. C’est le moment où, dans nos vies, il y a une monotonie sans fin et où apparemment rien nous parle. C’est alors qu’il nous fait écouter la parole du salut

. Ecouter Dieu ! Tout l’Avent tient dans ce mot. Une écoute de Dieu, une écoute de son mystère, une écoute de sa Parole, une écoute transformante, une écoute qui fasse de nous des hommes nouveaux parce qu’ils se sont laissé entraîner par la parole dans les chemins du Seigneur. Il s’agit de construire avec le Seigneur, le chemin de nos vies. Le Christ est la voie, la vie, la vérité. Il est le chemin. Nous avons à découvrir de façon décisive le chemin du Seigneur, celui que l’on invente avec Lui. C’est celui que Dieu veut pour chacun d’ente nous et la chose que nous devons pas faire, c’est loucher sur le voisin parce que toute vocation est personnelle et le Seigneur nous veut chacun sur son propre chemin. Même si nos chemins se croisent, s’unifient et se donnent les uns aux autres, il y a le mystère du chemin que Dieu a choisi pour chacun d’entre nous  Rappelez-vous Pierre et Jean, dans l’épilogue de l’Evangile de Jean ; Pierre demande ce qui va arriver à Jean et le Seigneur lui répond qu’il n’a pas à le savoir. Il y a un mystère d’une rencontre personnelle avec le Seigneur et, avec lui, nous avons à trouver notre propre chemin, à travers les circonstances de notre vie, à travers tout ce qui nous a été donné de vivre. C’est un chemin que nous avons à inventer avec le Seigneur dans l’Esprit Saint. Car finalement, le chemin du Seigneur est celui qui est plus profond de notre cœur, qui prend la zone plus profonde de notre cœur et qui l’ouvre définitivement au mystère de Dieu. Vous savez que le Christ a eu le cœur ouvert sur la Croix. Ce n’est pas une image mais c’est une réalité et le témoignage de Jean est là pour nous le confirmer. Nous avons à nous laisser ouvrir le cœur, nous avons besoin d’un coeur broyé, humilié pour rencontrer le Seigneur. Il faut tout faire pour qu’il éclate en nous, pour qu’il soit notre vérité, pour qu’il soit notre vie.

C’est ce que chante Saint Paul. Il prie pour les chrétiens de Philippe, pour le travail que le Seigneur fait en eux, pour la communion qu’il a avec eux, pour l’avènement du Seigneur : « Puisque Dieu a si bien commencé chez vous son travail, je suis persuadé qu’il continuera, jusqu’ à son achèvement au jour où viendra le Christ Jésus ». Paul est pris pour ses fidèles d’une tendresse infinie ; il est un témoin de la tendresse du Christ : « Dieu est témoin de mon attachement pour vous tous dans la tendresse du Christ Jésus ». . Méditez ces cris éperdus de Paul, ces cris d’amour pour ses enfants qu’il a engendrés. Le Seigneur est la source de cette tendresse que personne ne pourra jamais inventer. Paul imite le Seigneur et vit du même amour que le Seigneur.

Paul fait une demande aux Philippiens que nous pouvons faire nôtre : « Je demande que votre amour vous fasse progresser dans la rai connaissance de la parfaite clairvoyance qui vous feront discerner ce qui est le plus important ». Croître dans la connaissance du Seigneur, croître dans la connaissance de celui qui est Dieu et de Celui qui s’est fait homme pour nous, de Celui qui nous transforme, qui nous défigure et nous conforme à lui. Connaissons-nous Dieu ? Connaître Dieu, est-ce vraiment pour nous la réalité fondamentale, la réalité décisive de nos vies ? Connaître, c’est cette connaissance dan l’amour à quoi rien n’est comparable. Connaître, c’est cette connaissance qui surpasse toute connaissance comme le dit St Paul, c’est connaître le secret de Dieu. Le Seigneur nous a confié son secret d’amour et il nous appelle ses amis Tout l’Evangile de Jean tient dans ses paroles : le Seigneur nous livre son secret. L’unique secret de Dieu est un amour transformant, un amour qui nous établit en lui, un amour qui nous fixe en lui, un amour qui fait que le Père, le Fils et le Saint Esprit habitent au plus profond de notre être. Le Père est notre vie, le Fils est notre vie, le Saint Esprit est notre vie : nous avons à les accueillir pour qu’ils demeurent en nous.

Cela suppose, comme dit St Paul, une parfaite clairvoyance qui fasse discerner ce qui est le plus important. Que le Seigneur nous donne une attitude de discernement dans l’amour, de discernement dans la vérité de Dieu, de discernement dans la droiture de Dieu ! Discerner ce qui est le meilleur, c’est savoir juger dans la connaissance de Dieu, c’est se laisser porter par cette connaissance et cet amour qui nous fasse trouver d’instinct ce qui est important, ce qui est vrai, ce qui est valable, ce qui est juste. Le discernement en Dieu, agit en nous, si je puis dire, comme un radar : nous percevons ce qui est plus important pour nous. Ainsi comme dit St Paul : « dans la droiture vous marcherez sans trébucher vers le jour du Christ ».

Avons-nous le sens de ce que la tradition appelle l’eschatologie, c'est-à-dire la fin des temps ? Avons-nous le sens que le plus important est « le jour du Christ », le jour où le Christ nous rassemblera tous autour de lui dans la vision et dans sa résurrection ? Le Christ viendra comme il est venu, mieux qu’il est venu parce qu’il nous entraîne définitivement avec lui et que nous serons plus q’  « un » dans le mystère de Dieu.

Une vie chrétienne est une vie toute polarisée par ce jour du Seigneur, par ce jour auquel rien n’est comparable, qui n’est pas du tout comme l’Ancien testament  un jour d’effroi mais qui est un jour de rencontre dans l’amour, de découverte de la plénitude de la justice de Dieu, grâce à Jésus Christ, pour la gloire et la louange de Dieu.

Dans l’Eucharistie, nous allons célébrer cette parfaite clairvoyance qu e le Seigneur suscite en nous. Laissons nous guider par cette conduite intérieure, par  ce sens qui se développe en nous des vérités les plus chrétienne, des vérités les adaptés à notre vie. Alors nous découvrirons la joie que nous évoquait le livre de Baruc, qui est la joie du mystère de Dieu, qui est la paix régnant dans nos cœurs. Le Seigneur est notre joie, il est notre rédempteur, il est notre sagesse, notre amour, il est notre tout. Demandons-lui d’entrer davantage dans cette justice de Dieu, délivrance qu’il nous accorde. Plus nous y entrerons, plus nous éprouverons le besoin d’y entrer car comme le dit si bien St Grégoire de Nysse : il faut aller de commencement en commencement par des commencement qui n’auront pas de fin ». Laisser le Seigneur faire le chemin en vous, laisse lui construire son unique chemin, son seul chemin qui est le sien, celui que vous nous pouvez pas inventer. Le Seigneur ne fait pas de multiples œuvres alors que l’homme veut créer de plus en plus. Le Seigneur ne fait qu’une œuvre : la volonté de son Père. Alors nous aussi, n’ayant qu’une œuvre qui transcende toutes les œuvres que nous avons à faire : découvrir l’amour du Seigneur, le laisser se dévoiler à nous-mêmes et à nos frères dans la joie de Dieu. Amen.

(Extrait du livre : La puissance de l'amour de Dieu dans sa Parole. Homélies, année C. Parole et Silence )

 

 

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