Vendredi 6 avril 2007

Vendredi Saint - La Passion du Seigneur , année C

Isaïe 52, 13-53, 12 Hébreux 4, 14-16; 5, 7-9 Jean 18, 1-19, 42

Quelle transcendance du Christ dans le récit de la Passion selon St Jean. Et quelle affirmation souveraine de sa liberté ! Au moment de son arrestation, le Christ répond à ceux qui l’interrogent : « C’est moi », « Je Suis ». « Je vous l’ai dit : « c’est moi », « Je Suis ». Les gardes tombent à la renverse parce qu’ils se trouvent devant le mystère du Seigneur, celui qui montre qu’il peut dire « Je Suis ». De tout ce récit émane un témoignage pour la vérité qui est un témoignage dans l’humiliation. Celui qui dit : « Je Suis » ou « avant qu’Abraham fût », « Je Suis », c’est cet homme qui a le visage défiguré, ce serviteur qui évoque si bien Isaïe, ce serviteur qui prend sur lui le péché du monde, ce serviteur qui meurt pour nous et avec nous. Le serviteur a pris notre visage, un visage humain qui peut refléter la cruauté ou la tendresse, un visage qui peut être si beau ou si laid. Le Seigneur dévoile quel est le véritable visage de l’homme. Et quel est-il ? Celui de la vérité. Pilate interroge Jésus. Il est ahuri de la façon dont le Christ s’est affirmé roi. Jésus lui dit : « C’est toi qui dit que je suis roi ». Pilate lui réplique : « Alors tu es roi ? ». Et Jésus lui répond solennellement : « Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix ». Le Christ avait déjà dit : « Je suis le chemin, la vérité, la vie ». Le chemin, il nous le montre aujourd’hui dans cette marche vers sa Passion, vers une mort librement consentie, librement acceptée pour rendre témoignage de l’amour du Père. Car la vérité, c’est l’amour du Père, c’est l’amour éternel du Père, celui qui nous enveloppe de toute éternité de son amour dans le Christ Jésus.

Jésus n’est venu dans le monde que pour rendre témoignage à la vérité. El il ajoute : « Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix ». Ecoutant ceci, Pilate est complément déconcerté et va jusqu’à dire : « Qu’est ce que la vérité ? ». Cependant il va encore essayer de sauver le Christ, de sauver cet homme qui est le témoignage fondamental de la vérité, le témoin unique de la paternité de Dieu.

Car la véritable personne qui n’est pas nommée ici mais qui est constamment présente, c’est le Père, le Père de toutes les miséricordes, le Père de toutes les lumières, le Père qui est source et origine de tout, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ. C’est lui qui renvoie le Christ et cette Passion n’a de sens que par la présence du  Père.

Le Christ ne fait qu’une chose rendre témoignage à la vérité de son Père, à la vérité de celui qui est l’Amour éternelle et dans lequel nous sommes enveloppés. Nous sommes enveloppés d’un amour éternel qui nous a saisis dans le sang de l’Agneau, « discernés dés avant la création du monde ». De toute éternité, il y a sur les hommes un amour, un amour penché sur eux, un amour infiniment blessé, infiniment tendre et qui ne cesse de donner sa vie pour qu’à notre tour nous ayons la vie.

« Je suis le chemin, la vérité, la vie » ; La liberté souveraine du Christ, affirmant qu’il est la vérité et donc la vie, est étonnante puisqu’il va vers la croix. C’est pourtant au cœur de cette croix qu’il est la vie. C’est à ce moment qu’il peut dire : « J’ai le pouvoir de donner ma vie ».

« J’ai le pouvoir de donner ma vie et de la reprendre ». Dans la finale de la Passion, il nous est dit qu’un des soldats avec sa lance, perça le côté de Jésus mort. Il en sort de l’eau. Petit témoignage ? Non, c’est un témoignage en quelque sorte central puisque l’eau, c’est l’Esprit, c’est donc la vie. Une fois que le Christ a accompli toute la mission demandée par le Père, il n’y a plus qu’une chose à constater, c’est que son cœur est ouvert. Nous rejoignons le cœur du Père dans le cœur du Christ, nous rejoignons le Père dans ce cœur ouvert qui communique cet amour unique, capable de nous ressusciter, comme le Christ est promis lui-même à la résurrection.

Le Christ va à la mort dans la résurrection : c’est déjà la gloire. Avez-vous senti dans ce texte, cette grandeur, cette ampleur ? Le Christ est là, comme le souverain pontife, celui qui a une tunique sans couture, tissée d’une pièce de haut en bas. Symbole du sacerdoce éternel auquel personne ne peut toucher.

« Je suis la vie ». La vie même de Dieu. Ce qui est mystérieux dans la Passion, c’est qu’au cœur de cette mort, la vie nous est donnée. La vie nous est donnée dans la mort, non pas au dehors, non pas à côté mais dedans. C’est en plein milieu de la croix que les choses germent. C’est en plein milieu du sacrifice du Christ, quand tout est accompli, quand tout est donné, que se révèle la vérité de Dieu.

Je voudrais que vous lisiez les Evangiles comme un témoignage sur la vérité de Dieu qui est « Je Suis », Celui qui s’est révélé sur le Sinaï, Celui qui s’est révélé à Elie, Celui qui s’est révélé tant de fois à Israël, et qui se révèle maintenant comme Celui qui n’a qu’un nom : il est Amour, il est Amour et Vérité et son Fils peut nous dire :  « Je Suis la voie, la vérité, la Vie », la vie qu’il nous communique.

Croyons nous que nous avons la vie du Seigneur en nous, la même vie que le Seigneur, la vie de Dieu ? Croyons-nous que nous sommes entrés dans la vie éternelle du Père, dans cet Amour éternel qui nous enveloppe et qui nous lie à lui pour toujours ?

« Celui qui a vu rend témoignage, son témoignage est véritable, et celui-là sait qu’il dit vrai pour que vous aussi vous croyiez. Car cela est arrivé afin que l’Ecriture fut accomplie : ‘’ pas un os ne lui sera brisé ‘’. Et une autre Ecriture dit encore : « ils regarderont celui qu’ils ont transpercé ». Nous pouvons contempler le Christ dans sa grandeur et il n’est pas de plus belle splendeur que l’Evangile de Jean. La croix nous livre l’amour, la croix nous livre la vérité, la croix nous livre le mystère de Dieu. Si nous savons qu’il y a en Dieu un mystère d’amour, Père et Fils dans l’Esprit, c’est tout simplement parce que nous savons que le Christ est mort, parce que cet homme est le Fils de Dieu et qu’il nous a dévoilé ce qu’il y a au cœur du mystère trinitaire de façon définitive, de façon mystérieuse mais oh combien heureuse ! Il n’ y a pas plus beau témoignage que l’accomplissement des prophéties dans le mystère du Christ. Tout ce qui a été annoncé de Jésus se réalise, tout prend sens, tout s’illumine. Le Seigneur nous dit ce qui est vrai. Le Christ est vraiment le roi de l’humanité, celui qui vraiment vient rendre témoignage à la vérité.

Après avoir prié pour le monde entier et adoré la Croix, nous communierons au corps du Christ. Nous demanderons au Seigneur, d’entrer dans le mystère de la royauté du Christ, dans ce mystère de « Je Suis » se dévoilant comme l’unique, Celui qui est incomparable, Celui à qui nul autre n’est semblable, Celui qui est tout, Celui qui nous aime, Celui qui nous cherche. Dieu est à notre poursuite depuis toujours. Laissons-le nous poursuivre et laissons-le nous prendre, et nous découvrirons nous aussi la soif du salut du monde. Jésus dit : « J’ai soif ». C’est la soif du salut du monde. Demandons-lui que cette soif nous brûle le cœur, nous entraîne jusqu’au bout, nous fasse passer dans la croix du Christ. Que notre vie soit une participation à cette mort et à cette résurrection du Christ. Que nous nous livrions au Seigneur dans l’Esprit qu’il remet à son Père et qu’il nous donne.

Que le Père soit un Père pour nous que nous aimons, Celui que nous rencontrons dans le Christ, que nous rencontrons dans l’Esprit, l’Esprit éternel dans lequel le Christ s’est offert, comme nous dit la lettre aux Hébreux : « Il s’est offert dans l’Esprit ». Alors, nous aussi, offrons-nous dans l’Esprit et que la joie de Dieu pénètre dans notre cœur. Amen !

(Extrait du livre : La puissance de l'amour de Dieu dans sa Parole. Homélies, année C. Parole et Silence )

 

 

 

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