Les homélies de ce Carême sont illustrées avec les photos de la Terre Sainte.
Aujourd'hui : Jérusalem, Jésus pleure en voyant la ville, puis il y entre pour vivre sa Passion



"Quand Jésus fut près de Jérusalem, en voyant la ville, il pleura sur elle; il disait : "Si toi aussi, tu avais reconnu en ce jour ce qui peut te donner la paix ! Mais hélas, cela est resté caché à tes yeux. (...) tu n'as pas reconnu le moment où Dieu te visitait.""














 

Dimanche 28 mars 2010

Dimanche des Rameaux

Isaïe 50, 4-7 Philippiens 2, 6-11 Luc 22, 14 - 23,56

La passion de Notre Seigneur Jésus Christ

 

Un visage sur lequel on voit les coups causés par le fouet, les crachats qui sont restés collés, un visage défiguré, c’est notre roi.

Ce dimanche de la passion affirme avec une extrême netteté le paradoxe inouï de l’abaissement du Christ et de son exaltation par le Père. Jésus rentre à Jérusalem comme le roi vainqueur, le roi d’Israël, le messie. Mais il y entre sur un âne, humble, pauvre, car son message est là. Il se trouve dans l’humilité dans la vérité de la découverte du mystère de Dieu à l’intérieur de notre être, dans ce mystère de don qu’il fait à son peuple.

Vous avez entendu le texte d’Isaïe : « J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient ma barbe. Je n’ai pas protégé mon visage des outrages et des crachats. Le Seigneur Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi  je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu mon visage dur comme pierre ; je sais que je ne serai pas confondu ». C’est un récit tragique bien que le Seigneur sait qu’il ne sera pas confondu ; il lui faudra néanmoins descendre jusqu’au fond de l’abîme. Jésus-Christ va entrer dans sa passion et pourtant ce qui domine, c’est la joie. C’est la joie ! Parce que la passion va faire apparaître le Royaume de Dieu.

« J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous avant de mourir ». Celui qui a le visage défiguré  est en même temps le roi qui désire manger la Pâque avec nous. Si le récit de St Luc commence par l’Eucharistie, c’est parce que l’Eucharistie dévoile le sens même de la vie du Christ. Il veut nous faire participer à son Royaume, nous donner son Corps et son Sang en nourriture.  « Prenez, partager entre vous, car je vous le déclare : jamais plus je ne boirai du fruit de la vigne jusqu’ à ce que vienne le Royaume de Dieu ! ». Le Seigneur nous donne son corps livré pour nous. Il se donne tout entier pour établir l’alliance, c'est-à-dire pour faire de nous des hommes engagés dans le mystère de Dieu, pris par le mystère de Dieu, engouffrés dans le mystère de Dieu et là on peut faire qu’une chose : regarder cet homme qui est notre roi, regarder cet homme qui est notre Dieu.

L’Eucharistie, c’est le sens de la Passion, c’est notre réunion dans le Christ alors que nous sommes séparés. Le péché divise, et tout le récit de la passion nous le montre : cette étrange division, ces multiples reniements tels que celui d’Hérode et Pilate redevenant amis alors qu’ils étaient ennemis. Il y a là un mystère profond qui n’est autre que celui du Seigneur entrant dans sa Passion. Nous allons y entrer ensemble aujourd’hui, avec une conscience plus aiguë, parce que nous savons que Jésus est notre tout puisqu’il est notre roi. Voilà ce qui est la royauté du Christ : la totalité de son mystère qui nous interpelle pour le suivre.

Le texte de l’institution de l’Eucharistie s’enchaîne immédiatement sur la question des disciples pour savoir qui est le plus grand. Les apôtres au cœur même de l’Eucharistie, se demande : « Lequel est le plus grand ? ». Nous sommes tous des sots, nous attendons de savoir si nous avons la première place, nous scrutons de notre regard les places à prendre au premier rang, comme si le problème était là ! Le problème est de contempler le Christ, de le regarder, de n’être que le regard sur le Christ et de nous laisser faire pour que nous lui devenions semblables. Il faut, comme lui prendre la dernière place, il faut devenir le plus petit, celui qui n’est rien. « Je suis au milieu de vous comme celui qui sert », « je suis au milieu de vous comme l’esclave ». Est-ce notre perspective ? Notre vie chrétienne est-elle entrée dans le mystère, le désir de partager la vie du Christ et d’être entraînés dans ce mystère de mort et de résurrection ?

Nous lisons et entendons le mystère de la Passion trop souvent, en la subissant, croyant la connaître. Or il faut laisser le texte nous décaper, il faut l’écouter de toutes nos oreilles, il faut que notre fond se dévoile au contact du mystère du Fils de Dieu qui se livre, qui viendra pour nous emmener dans ce royaume.

La perspective de Luc est de nous dire que le Christ ne boira plus le fruit de la vigne jusqu’à ce que vienne le royaume de Dieu, jusqu’à ce que Dieu règne dans notre vie. C’est une perspective que l’on appelle eschatologique, c'est-à-dire jusqu’à la fin des temps apparaisse. C’est un appel à l’entrée immédiate et totale dans le mystère de Dieu.

Avez-vous remarqué certaines paroles que Jésus dit à son Père : « Père, pardonne-leur ils ne savent pas ce qu’ils font ! ». Et au brigand qui s’adresse à son compagnon en disant : « Pour nous, c’est juste, mais pour lui, il n’a rien fait de mal », le Christ dit : « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis ! ». Il n’ y a pas de pardon plus merveilleux : celui qui est le pécheur par excellence, le brigand, se dévoile comme celui qui sera immédiatement avec Jésus dans le paradis. « Aujourd’hui, dés maintenant, tu seras avec moi en paradis ! ». Le brigand a, d’un seul coup découvert le mystère de Dieu et sa vie flamboie, sa vie qui n’était rien, sa vie que les hommes avaient considéré avec mépris. Quel paradoxe et quelle merveille ! La croix est l’instrument de torture le plus abominable pour les romains et considéré comme le plus ignominieux de tous les crimes. Le Seigneur prend le monde sur lui et ce brigand devient le premier de ceux qui entrent dans le Royaume de Dieu.

Demandons au Seigneur que le mystère du Christ pénètre dans nos vies. Sachons qu’il ne dévoile vraiment que si nous le regardons. Il faut regarder le Christ. Je  voudrais vous inviter à regarder le Christ tel que nous le montre l’Evangile, c'est-à-dire en faisant la lecture de l’Evangile, vous vous en imprégniez tout doucement. Que ce soit Luc, Mathieu, Marc ou Jean, prenez l’Evangile et engager vous à le lire pour découvrir le visage du Seigneur. Ne lisez pas un petit morceau d’Evangile, lisez sa structure profonde et vous verrez que justement tout est centré sur la découverte du cœur de Dieu. Les crachats ont beau bafouer le Christ, c’est lui le roc, c’est lui notre roc, c’est lui notre tout. Les crachats ont beau le défigurer, nous ne l’aimerons que davantage car la vie de tout homme est exposée à la souffrance, à la médisance, à la calomnie, à la mort.

Nous devons demander au Seigneur de connaître son mystère avec joie. Nous y entrons de tout notre cœur car nous l’aimons et nous l’aimerons davantage. Découvrir Jésus Christ, c’est la seule chose que je vous souhaite. Je voudrais que le visage de Jésus Christ soit imprimé dans le fond de votre cœur, qu’il jaillisse au fond de votre être et qu’il ne vous lâche plus. Je voudrais que la blessure du mystère de Dieu vous atteigne ! Demandez au Seigneur qu’il vous blesse à mort pour ressusciter dans sa joie et dans sa paix. Que vos cœurs soit ouvert et la joie du Christ qui nous aime y entrera à plein. Sachons en le prix, c’est le prix de la Passion, d’une Passion infâme, au-delà laquelle brille son amour, l’amour du Père et du Fils, l’amour dans lequel nous sommes enveloppés, l’amour de Dieu, l’amour le plus fou qui soit. Amen !

(Extrait du livre : La puissance de l'amour de Dieu dans sa Parole. Homélies, année C. Parole et Silence )

 

 

 

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