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Le
souvenir de ce prêtre, si profondément dominicain, reste, pour moi, lié à
nos rencontres annuelles dans la Commission théologique internationale
et surtout au mois vécu ensemble, pendant le déroulement de synode de 1971.
Un esprit d'une remarquable perspicacité.
Un homme d'une finesse d'esprit tout à fait exceptionnelle. Un prêtre
pieux. Un théologien qui allait bien au-delà des connaissances
et qui arrivait à la sagesse, dont la source n'est autre que la
contemplation de l'invisible. Subtil spéculatif, il était pourtant très
proche des réalités. Le synode de 1971 avait comme sujet : le sacerdoce ministériel.
Le Père Le Guillou puisait de ses connaissances théologiques les réponses
à donner aux problèmes du moment historique du post-Concile. Mais il ne possédait
pas seulement la clarté de concepts d'un savant, car le sens des choses spirituelles
jouait un rôle décisif dans ce qu'il disait. C'est précisément l'angle spirituel
qui donnait un attrait tout spécial à ses intuitions. Et c'était cela qui
expliquait la profondeur, l'essentiel de ses remarques, de ses points de vue.
Il n'ignorait pas les aspects accidentels et les reliefs secondaires, mais
il avait l'instinct sûr qui lui permettait d'ordonner le tout dans une unité
organique et hiérarchisée.
Je le vois encore, de bon matin, un jour
quelconque d'octobre, à la Basilique Saint-Pierre,
avec le Père de Lubac et moi-même. Nous descendîmes lentement aux grottes
souterraines, afin de célébrer la sainte messe à la chapelle dite Clémentine,
le lieu le plus proche du tombeau de saint Pierre. Quel silence ! Quelle joie
! Quelle onction que celle du Père de Lubac et du Père Le Guillou ! Cette
messe fut une espèce de célébration de la profession de foi catholique, à
côté du lieu béni, où les fidèles de la communauté primitive de Rome avaient
déposé le corps du pécheur. Coryphée des Douze. Ces deux théologiens, fidèle
prêtres catholiques, avaient en commun le trait distinctif de la loyauté vis-à-vis
de l'évêque de Rome, le successeur de Pierre.
Et puis, pour le Père Le Guillou, les
années douloureuses, mis à l'épreuve par une maladie destructrice. Ce fut
la kénose, à l'imitation de son bien-aimé Seigneur Jésus. Et finalement, sa
Pâque. J'espère que le Seigneur l'aura reçu à la Jérusalem céleste, lieu de
lumière, de transparence, de joie parfaite et de contemplation sans fin.
Au revoir, cher Père, frère et ami !
Mgr Jorge
Medina ESTEVEZ,
évêque de Rancangua (Chili) 26 juillet 1991
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