TABLE DES MATIÈRES

Introduction : L'homme devant le scandale du mal

1 L'homme atteint de plein fouet par le scandale du mal

2 Découverte de l'abîme du mal par le croyant

3 Le scandale du mal : la liberté des hommes face à la liberté de Dieu

Prière

Première partie : La rencontre de Dieu dans la nuit

Chapitre 1. Un feu dévorant : Jérémie

Chapitre 2. Job mis en question dans un incompréhensible dialogue avec Dieu

Chapitre 3. De l'excès de malheur à la découverte du vrai Dieu

Chapitre 4. Les chemins déroutants et insensés du Seigneur

Deuxième partie : La rencontre de Dieu dans la lumière

Chapitre 1. Jésus devant le mal

Chapitre 2. La lutte contre Satan et de dévoilement des cœurs

Chapitre 3. Puissance et faiblesse de la plénitude de l'amour

Chapitre 4. Jésus pleure sur Jérusalem

Chapitre 5. La gloire de la croix

Chapitre 6. Le Christ ressuscité, vainqueur de la mort

Chapitre 7. "Garde-les du mauvais"

Chapitre 8. "O mort, où est ta victoire ? "

Conclusion

Prière

 

 

 


Parmi les ouvrages posthumes du Père Le Guillou, le premier paru, "du scandale du mal à la rencontre de Dieu", est le seul que le Père Le Guillou aurait voulu publier de son vivant, tant le thème qu'il aborde était inscrit profondément en son être. On sait combien il est redoutable de parler du mal. Il est si facile de tenir le langage des amis de Job et de leurs innombrables successeurs, et de provoquer ainsi le trouble ou le scandale là où l'on souhaite porter lumière et consolation.


L'introduction part de la constatation que "le scandale du mal est au cœur de la vie de tout homme" (p.9). L'auteur recueille, dans la littérature de l'Antiquité à nos jours, quelques échos de cette expérience universelle. C'est le plus souvent l'expérience d'un scandale qui met en cause la bonté et l'existence même de Dieu. C'est aussi parfois l'expérience d'un mystère que seuls peuvent affronter une foi et un amour qui paraîtront folie pour la sagesse des hommes et qui sont    " la sagesse même de la croix" (p.14).Le Père Le Guillou cite 'le Testament dans la fournaise' de Jossel Raschower, une page de Bernanos, des lettres bouleversantes écrites par Mounier à sa femme alors que leur petite fille est complètement et définitivement brisée dans tout son être par une encéphalite.


Mais c'est dans la Bible, "d'une façon beaucoup plus éblouissante que dans toute notre littérature humaine", que le mal est regardé en face, affronté sans biaiser, dans toute sa dimension de scandale, d'abîme et de mystère. "Dieu ne donne pas au mal cette armure rassurante qu'il a trop souvent dans les livres pieux. Il n'en fait pas une souffrance de pacotille. Le mal garde cette puissance hallucinante, qui broie le cœur de l'homme et l'accable, faisant naître en lui un goût de cendre joint à la lassitude extrême" (pp. 53-54). C'est pourquoi l'auteur entreprend, dans les quatre chapitres qui forment la première partie de l'ouvrage ("La rencontre de Dieu dans la nuit"), d'écouter quelques grandes figures bibliques qui ont été aux prises avec le mal : Jérémie (ch. 1), Job (ch. 2 et 3), Abraham, Jacob, David, les prophètes, les psalmistes et Qohélet (ch. 4).


Les deux chapitres sur Job constituent le sommet de cette première partie et, en un sens ils donnent la clef de tout le livre. Ces pages se laissent difficilement résumer. Leur force vient de ce qu'elles entrent dans la vérité du drame de Job sans en rien édulcorer. Le drame de Job s'y révèle comme l'expérience de l'homme qui a à apprendre la transcendance de l'amour de Dieu – non seulement la transcendance de son être, mais la transcendance de son amour. Or, comme remarque Jacques Maritain, "il est plus difficile encore au cœur de l'homme d'apprendre la transcendance de l'amour subsistant par soi, qu'à l'intelligence humaine d'apprendre la transcendance de l'Etre subsistant par soi". Job, brisé par le mal et la souffrance, apparemment abandonné de Dieu, n'est pas coupable à la manière dont l'entendent ses amis qui lui font la morale et insinuent qu'il ne saurait être ainsi frappé sans que ce soit pour une faute secrète "L'aspect le plus atroce de la maladie, c'est de se dire qu'il y a quelque chose qu'on ne connaît pas et dont on est responsable".(p.45)


Les pages 47-50 disent avec une rare acuité l'expérience de révélation du mystère de Dieu que représente l'affrontement au mal dans sa radicalité : "Job a beau crier sur tous les tons qu'il est étranger à tout mensonge, il a beau être sûr de son innocence, son sens de la justice n'est pas aussi vrai qu'il le croit : il se justifie lui-même. Or, Dieu n'a pas besoin de justification ; Job doit apprendre à se démunir de sa propre justification. Pour devenir croyant, il faut tout abandonner, absolument tout, jusqu'à la racine de soi-même. C'est cela qui est en jeu …".


La deuxième partie ("La rencontre de Dieu dans la lumière") introduit au mystère du Christ et de son ultime affrontement au mal dans l'agonie, comme seule réponse véritable au scandale du mal et dévoilement plénier du mystère de Dieu au seuil duquel Job avait été conduit. L'expérience du mal et de la mort ne peut être surmontée qu'en étant absorbée par une autre expérience, par l'expérience divine de l'amour pascal : "La mission du Christ est de pénétrer dans l'abîme inaccessible du mal, et de le transformer en splendeur de lumière et d'amour … Le Christ laisse triompher le mal en apparence, mais en l'absorbant dans son oui d'obéissance adressé à son Père" (p. 160). C'est pourquoi l'auteur a pu dire : "Il n'y a pas de plus beau chant que cette exultation du Christ qui accepte tout et qui prend tout sur lui (cf Mt 11,25-27). Jésus va à la mort comme le plus faible des hommes, il la connaîtra comme le plus faible des hommes, et pourtant, il est tout entier dans l'action de grâces envers son Père. Le mystère du Christ, c'est cette faiblesse reçue, acceptée, qui a pénétré dans la chair jusqu'au bout et qui se transforme en un chant d'amour très simple, dépourvu de toute exaltation" (p. 121).


De telles vues sont centrales dans la pensée du Père Le Guillou. Bien plus, elles touchent au cœur même de sa personnalité spirituelle. Faute de bien percevoir cela, d'aucuns ont pu voir en lui essentiellement un homme douloureux, en qui domine le sens du tragique de l'existence humaine ; d'autres, à l'inverse, se sont interrogés sur l'opportunité et le réalisme de ses considérations sur la transfiguration de la condition humaine ordinaire. Ni les uns ni les autres ne sont descendus assez profondément pour rencontrer le point où les deux aspects de sa personnalité ne font en réalité qu'un, comme dans le Christ la Croix et la Gloire ne sont que les deux faces d'un unique mystère. Surcompensant le sens aigu et l'expérience qu'il avait du mystère du mal, l'espérance de la Résurrection et de la Gloire était au cœur du Père Le Guillou, comme elle est au cœur de l'Église. Le dernier chapitre du livre se termine par un chant à la Résurrection d'un réalisme extraordinaire.


Ce qui fait que ces pages ne parlent pas comme les amis de Job, redisons-le, et qu'elles ne s'en tiennent pas, devant le mal et la souffrance, à des "banalités pieuses, comme c'est trop souvent le cas", c'est que l'indispensable effort d'intelligence du mystère est habité - l'auteur le laisse deviner – par l'expérience de ce dont elles essaient de parler : "Certains d'entre nous connaîtront le même mystère que Job, la même angoisse, la même souffrance, mais le Seigneur agit en Ressuscité au cœur de leur vie" (p. 189).

 

(Extrait des "Flashes sur la vie du Père M.J. Guillou",
chapître V "le Père Marie-Joseph Le Guillou" par le Père Michel Cagin osb.)






 

 

 

 

 

 

 


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