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La
prière du cur procure l'unité de l'être
Deux petits textes du Pèlerin russe vont vous montrer
ce qui se passe spontanément chez des êtres unifiés
" Quand, en même
temps, je priais du fond du cur, tout ce qui m'entourait m'apparaissait
sous un aspect ravissant. Les arbres, les airs, les oiseaux, la terre,
l'air, la lumière, tous semblaient me dire qu'ils existent pour
l'homme, qu'ils témoignent de l'amour de Dieu pour l'homme ; tout
priait, tout chantait gloire à Dieu. Je comprenais ainsi ce que
la philocalie appelle la connaissance du langage de la création,
et je voyais comment il est possible de converser avec les créatures
de Dieu "
" la prière
du cur me rendait si heureux que je ne pensais pas qu'on pût
l'être plus sur la terre. Et je me demandais comment les délices
du Royaume des cieux pourraient être plus grands que ceux-là
! Ce bonheur ne m'illuminait pas seulement à l'intérieur
de mon âme. Le monde extérieur aussi m'apparaissait sous
un aspect ravissant ; tout m'appelait à aimer et à louer
Dieu : les hommes, les arbres, les plantes, les bêtes, tout m'était
comme familier, et partout je retrouvais l'image du nom de Jésus-Christ.
Partout je me sentais si léger que je croyais n'avoir plus de corps
et flottais doucement dans l'air. Parfois, je rentrais entièrement
en moi-même, je voyais clairement mon intérieur et j'admirais
l'admirable édifice du corps humain ".
Ces textes rappellent le thème constant chez les russes - Séraphim
de Sarov notamment - ou celui de St François d'Assise : les animaux
sont apprivoisés par des êtres qui ont été
apprivoisés par Dieu. On peut apprivoiser tout le monde ! Le même
écho se trouve chez l'archimandrite Spiridon :
" O mon Dieu, comme
à ce moment-là, je me sentais heureux. Il me semblait que
chaque herbe, chaque fleur, chaque épi de seigle me chuchotait
de mystérieuses paroles sur l'essence divine toute proche de l'homme,
de chaque animal, de toutes choses : herbe, fleur, arbre, terre, soleil,
étoile et de tout l'univers ".
Un élément très profond
se dégage : le monde prend sens, tout prend sens.
Il y a une transfiguration du monde qui, en tout ce qu'il est, prend sens.
Connaissez-vous l'admirable texte de la conversion de Boulgakov
? Il était marxiste, membre du parti, et tout à coup, tout
s'effondre parce que la création lui parle ! Le monde commence
à lui dire quelque chose !
L'archimandrite Spiridon, que j'ai cité plus-haut, est un homme
qui a vécu parmi les bagnards de Sibérie. C'est un prêtre
qui a voulu être avec eux et partager leur vie. Il raconte son expérience.
A travers elle, nous percevons l'amour de Dieu qui le prend tout entier
et qui nous apprend que le monde n'a pas été fait pour être
repoussé mais pour être transfiguré :
" Comme c'était
bon d'aimer Dieu, je n'oublierais jamais ces jours dorés de mon
existence. Le matin, avant même le lever du soleil, je me mettais
en route, que cela était doux ! Le froment, l'avoine, le seigle,
comme une mer, se balançait d'un côté ou de l'autre,
les alouettes chantaient, les hirondelles comme un feu d'artifice volaient
autour de nous et près de nous, et vous alliez comme un Seigneur
posant ses pas l'un après l'autre sur le merveilleux tapis multicolore,
déroulé devant lui, des herbes odorantes et molles. Ah !
les uvres du Seigneur sont belles ! Il y en avait des jours et des
nuits où je mourrais littéralement d'amour pour Dieu, toutes
les parcelles de mon corps et de mon âme étaient saisies
par la flamme de l'amour pour Dieu. Le seul nom de Jésus-Christ
ou de Dieu me rendait tout à coup une autre créature ".
Il y a comme une sorte de perception aiguë et profonde que tout est
justifié dans le monde. Plus encore que la transformation du corps,
de la chair, il y a une sorte de transfiguration du regard sur le monde
et sur les êtres. Il y a une sorte de connivence avec tous les êtres
créés. Cela traduit une sorte de conscience que la création
est issue de la liberté divine et qu'elle n'est justifiée
que comme expression de l'amour du Père qui se manifeste. C'est
une sorte de justification fondamentale à la racine de tout et
qui, par-delà l'atrocité du monde, découvre que finalement
le monde est justifié.
Comme le dit Grégoire Palamas : "Je
n'ai rien à redouter puisque Dieu est incompréhensible et
que je ne puis l'épuiser ". Dieu est au-delà
de tout. Son caractère inconcevable devient une sorte de repos
qui explique le mystère de la création. C'est ce que dit
St Paul dans l'épître aux Ephésiens : "
Ainsi vous recevrez la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu'est
la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur, vous connaîtrez
l'amour du Christ qui surpasse toute connaissance, et vous entrerez par
votre plénitude dans toute la plénitude de Dieu "
3, 18-19.
Extraits de : "Les êtres sont transfigurés"
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